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25 juillet 1925 : incendie au château de Randan ! - juillet 2018

545 Fi 9197

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Aux premières heures du jour le 25 juillet 1925, un incendie éclate au château de Randan ; il se propage si vite qu’il ne reste bientôt que ruines de la majestueuse demeure.  

Acquis en 1821 par Eugènie-Adélaïde-Louise d’Orléans (1777-1847), sœur du futur roi des Français Louis-Philippe (1773-1850), le château  de Randan, datant du XVIe siècle, est considérablement agrandi et restauré par les travaux confiés à l’architecte Fontaine (1762-1853). Demeure de villégiature, le château est conçu comme un havre de paix, loin de Paris et de la Cour. La princesse Adélaïde fait construire des dépendances, crée un parc et agrandit le domaine forestier. À sa mort, la demeure revient à son neveu, Ferdinand d’Orléans, duc de Montpensier. Après la chute de la Monarchie de Juillet et l’exil de la famille royale, le domaine échappe à la confiscation des biens de la famille d’Orléans, mais il n’est plus habité jusqu’à ce que la comtesse de Paris (1848-1919) en hérite en 1890. Fille du duc de Montpensier et infante d’Espagne, cette dernière fait réaliser de nombreux travaux. Son fils Ferdinand, héritier à son tour, décède en 1924 ; sa veuve habite le château lorsque l’incendie éclate au matin du 25 juillet 1925.

Dans son rapport adressé au préfet le 30 juillet, le sous-préfet de Riom relate ainsi l’événement : « Le feu faisait rage dans tout le château, la toiture s’était effondrée, les plafonds des étages supérieurs s’écroulaient avec fracas les uns après les autres. [...] M. le Capitaine Thevot, commandant de la compagnie des sapeurs-pompiers de la Maison Michelin, apprenant ma présence, vint au-devant de moi et me signala que le rez-de-chaussée du château risquait d’être, à brève échéance, absolument détruit comme tout le reste. Les voûtes elles-mêmes, qui l’avaient protégé jusque-là, pourraient sous l’action du brasier formidable qu’elles supportaient se disjoindre. D’autre part, M. Le Capitaine Thevot me fit remarquer que de nombreux effondrements étaient à prévoir en raison de la quantité d’eau considérable déversée sur l’immeuble par les trois pompes automobiles en action (trois cent mètres cubes environ et par heure, et les pompes fonctionnaient depuis 6 heures environ). D’autre part, le feu lui-même se communiquait au rez-de-chaussée. Il y avait lieu, à son avis, d’évacuer tous les objets mobiliers que l’on pourrait transporter sur la pelouse face au château. [Entré par l’aile gauche du château, le feu] avait gagné le rez-de-chaussée menaçant le mobilier en question. Cette partie de l’immeuble n’avait pas été évacuée, elle regorgeait de meubles de prix, tapis anciens, tableaux, gravures, candélabres, pendules, statues en marbre, vaisselle de très grande valeur, en même temps que l’ensemble des collections zoologiques du duc de Montpensier. (…) Les ordres allaient être donnés dans ce sens et nous faisions signe à tous les hommes épars de-ci, de-là, devant le château ; pompiers de Randan ou d’ailleurs, civils, curieux, etc… lorsque Madame la duchesse de Montpensier - elle-même - apparut suivie de M[aîtr]e Tallon, bâtonnier de l’ordre des avocats de Riom, elle me supplia, au milieu de crises de larmes les plus poignantes, de sauver ce qui restait des richesses de son château. 

(…) Alors, tous ensemble, nous procédâmes à cette évacuation qui se fit dans des conditions admirables et il y a lieu de signaler que les immenses vitrines qui contenaient les collections zoologiques, malgré leur poids et malgré leurs dimensions, furent toutes évacuées sans qu’aucune d’elles ne fut brisée. (…) Madame la duchesse de Montpensier encourageait les uns et les autres, signalant certains meubles oubliés, les lustres et particulièrement les vaisselles de Saxe de très grande valeur qui étaient enfermées dans un coffre muré. Ce fut M. le commandant  Gourbeyre qui, lui-même, procéda à l’ouverture de ce coffre à coups de pioche pendant que la duchesse se tenait près de lui. (…) J’ajoute que pour préserver également contre le feu et surtout contre les dégâts de l’eau qui pénétrait jusque-là, nous décidâmes dans les mêmes conditions que plus haut d’évacuer une multitude d’objets mobiliers de très grande valeur qui gisaient pêle-mêle dans le plus effroyable désordre à l’entrée de la galerie qui conduit à la chapelle. Ces objets, dont le prix peut être évalué à plusieurs centaines de mille francs nécessitaient, pour leur transport d’urgence, la collaboration d’au moins vingt hommes [1]. »

Cette photographie du château montre la façade sud, très reconnaissable à l’appareillage polychrome en brique formant des motifs losangés et à la tour ronde, à l’extrémité droite du cliché. Cette prise de vue a été réalisée durant les heures qui ont suivi l’incendie. De la toiture complétement dévastée, ne subsistent que les cheminées ; les traces du feu sont visibles au niveau des baies ménagées pour les fenêtres. Trois pompiers s’affairent avec une lance à incendie au niveau du balcon - qui court le long des façades et de la tour, tandis qu’un quatrième personnage s’active dans les jardins.

Ont été extraits et stockés à l’air libre de nombreux objets, dont une sculpture de nu. Les vitrines qui renferment les préciseuses collections zoologiques du duc de Montpensier, constituées d’animaux prélevés lors de ses chasses à l’étranger et naturalisés à grand frais à Londres sont elles aussi dans le jardin ; elles rejoindront bientôt une grange de laquelle elles ne ressortiront que 70 ans plus tard pour, restaurées, être à nouveau admirées par le public.

On peut attribuer ce cliché à Gilbert Rossignol, photographe à Maringues.

Parmi les autres photographies connues prises au lendemain du drame, une carte postale [2] (561 Fi 3687) présente la façade nord et la cour d’entrée  où d’autres objets mobiliers et des sculptures ont été déposés.



[1] Rapport du sous-préfet de Riom au préfet, 30 juillet 1925, cote: M3854.

[2] Cote : 561 Fi 3687 (Consultable sur le site de la photothèque des Archives départementales : https://phototheque.puy-de-dome.fr/)

 

Remerciements

Didier MIAILLER et Lionel SAUZADE, conservateur et administrateur du domaine royal de Randan.

 

Pour en savoir plus

Lionel SAUZADE, « Randan – Château et domaine », Congrès archéologique de France, 158e session, 2000, Basse-Auvergne, Grande Limagne, Paris : Société française d’archéologie, 2003, p. 448-451.  

Jean-Yves BARDY, Jean-François LUNEAU, Canton de Randon. Puy-de-Dôme, Inventaire général, Images du patrimoine n°226, 2003, p. 8-9.


Photographie du château de Randan après son incendie, photographe Gilbert Rossignol, juillet 1925, 545 Fi 9197