Entrée solennelle

 Dossier réalisé par Corinne Dalle


Les visites solennelles à l’époque moderne, la rue montferrandaise dans son plus bel apparat.


    Dès le Moyen Âge, les visites de personnes de premier plan sont l’occasion de mettre en place des festivités auxquelles participent tous les habitants. Il s’agit de célébrer la venue d’un roi, d’un gouverneur, d’un cardinal ou toute autre personnalité émérite de la façon la plus somptueuse soit-elle. Ces pratiques perdurent tout au long de l’époque moderne, et dans une forme certes un peu différente au cours de la période contemporaine.

    Le cérémonial est à peu près identique. Accueillir, pavoiser les rues, nourrir, divertir et bien entendu offrir des cadeaux à l’invité constituent l’essentiel des festivités.


Exemple de la visite du roi et de la reine de Navarre en 1535 :


    En 1535, les archives consulaires (3 E 113 dep II CC 411) témoignent des frais engagés pour la visite du roi et de la reine de Navarre, Henri d’Albret et Marguerite d’Angoulême. Dès le mois d’août, on s’inquiète de la venue de Marguerite d’Angoulême, veuve du duc d’Alençon, remariée depuis avec Henri d’Albret. Dès les premiers jours du mois, on envoie des hommes à Brioude, où le couple réside, puis à Vic-le-Comte, pour savoir précisément la date de leur venue. L’inquiétude des administrateurs de Montferrand est due au fait que de nombreux préparatifs sont en cours et qu’une visite inopinée les compromettrait, mais elle naît aussi de la rivalité que se livrent les différentes villes où le couple royal fait halte. Le séjour dans la cité montferrandaise se doit d’être plus agréable, plus marquant que dans les autres villes auvergnates.

    L’organisation doit faire face à tous les détails. Tout d’abord, les frais de bouche sont prévus : blé, vin, viande, fruits confits, mais aussi de l’avoine pour les chevaux des souverains. Les hôtelleries de Montferrand s’embellissent et les charpentiers s’activent pour installer au mieux Henri d’Albret et Marguerite. Un échafaud (sorte d’estrade) est dressé à l’entrée de la ville, d’autres sont installés dans l’enceinte de la cité. Ces échafauds sont décorés aux armes du roi et de la reine de Navarre.


3 E 113 Dep II CC 411 folio 23 (jpg - 7648 Ko)

L’acte consulaire du 5 août 1535 témoigne de ce souci de mise en grande pompe de la ville, tout en honorant les prestigieux invités. 3 E 113 Dep II CC 411 folio 23.


« Establys maistre Charles Carmoy peintre, habitant en la ville de Clermont, lequel de son bon gré confesse avoir reçu de messieurs les consuls de Montferrand par les mains de Jehan Pasturel, l’un d’eux la somme de 37 livres et 10 sols tournois, pour la façon de 12 écussons en bois et 50 écussons en papier es armes du Roi et de la Reine de Navarre pour leur entrée à Montferrand, dont avoit esté marché avec luy dont quicté x(etc) et promis et juré. En présence de Messieurs Jehan Anglisson et Anthoine Leliau( ?), le 5ème jour du mois d’août.»  

(l’orthographe a été modifiée afin de rendre le texte plus accessible)     


    Des trompettes sont prévues pour sonner à l’arrivée du couple royal, l’artillerie tire également des coups de canons et d’arquebuses. Bien entendu, les rues ont été nettoyées afin d’offrir un décor le plus somptueux possible. Les comptes consulaires mentionnent tous les frais occasionnés. Il faut en effet payer hommes de main, musiciens, menuisiers et charpentiers, peintres, hôteliers, en somme tous les intervenants dans cette cérémonie.

 

    Le séjour du couple coûtera pas moins de 246 livres à la cité montferrandaise ! Mais cette somme n’est rien par rapport aux dépenses colossales engagées lors de la venue deux ans plus tôt du roi François Ier. À cette occasion, tous les impôts de la cité durent être augmentés afin de pouvoir financer les 1760 livres engagées et le budget de la ville atteignit en 1533 un record de dépenses publiques…




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