Femme(s) et élections présidentielles

Pour ce nouvel épisode de notre série sur les élections présidentielles, nous vous proposons d’étudier la place et le rôle des femmes dans cet événement majeur de la vie politique, sous la Vème République. Un exemple d’histoire du genre.

Revendiquée dès la fin du XVIIIème siècle et portée, entre autres par Olympe de Gouges, la reconnaissance du rôle des femmes dans la vie politique fut un long combat. Dès 1871, la Commune reconnaît des droits politiques aux femmes. Mais cette reconnaissance demeure éphémère. Les revendications du début du XXème siècle et la participation à l’effort de guerre entre 1914 et 1918 ne se concrétisent pas. Durant l’entre-deux-guerres la volonté de la Chambre des députés est annihilée à plusieurs reprises par un refus systématique de la Haute chambre d’accorder l’égalité politique aux femmes.

Ce n’est finalement qu’au printemps 1944 (le 21 avril) que le Comité Français de la Libération Nationale, dirigé alors par le général De Gaulle, décide d’accorder le droit de vote aux femmes. Cette résolution est confirmée par une ordonnance du Gouvernement Provisoire de la République Française, prise le 5 octobre de la même année.

 

1945 : un changement dans la vie politique française

Au lendemain du second conflit mondial, la décision d’accorder l’égalité politique aux femmes, et en particulier le droit de vote, posent des questions sur les conséquences en termes de résultats électoraux.

Le document ci-dessous, émanant du Secrétaire Général pour la Police de la région de Clermont-Ferrand est en ce sens très instructif.


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Les auteurs de ce rapport font le constat du nombre plus élevé d’électrices (par exemple : 30.204 à Clermont-Ferrand pour 28.072 électeurs), mais surtout semblent convaincu du peu d’impact qu’aura ce nouvel électorat sur l’issue du scrutin : « Il ne semble pas cependant que leur physionomie générale en soit profondément modifiée. Les femmes mariées dans leur ensemble voteront comme leur mari ». Le document indique même que « l’immense majorité des femmes se désintéresse de la politique, dont les discussions ne font plutôt que l’irriter et le droit de voter qui leur a été conféré les a laissées, pour la plupart, indifférentes ».

Cette dernière remarque semble pourtant en contradiction avec d’autres parties de ce même rapport, qui nous présentent la place des femmes dans la vie politique locale et décrivent en particulier le rôle d’un groupement féminin, l’Union Civique et Sociale.


Les auteurs précisent que seuls les partis extrémistes devraient pouvoir profiter d’un afflux de militantes. En effet, selon eux « les femmes en général, du fait de la tournure d’esprit qui leur est propre, qui les éloigne des idées générales et des abstractions, ne font pas de politique. Mais quand elles s’y intéressent, c’est toujours avec passion, et les partis où elles militent sont naturellement les partis extrémistes ».

Une vision de l’intérêt nuancé des femmes pour la politique qu’illustre aussi cet article de La Montagne, daté du 29 avril 1945, au lendemain des élections municipales, le premier scrutin auquel participent les Françaises.

Ce que le journaliste retient de cette première participation des femmes à un vote se résume à l’élégance des toilettes et les portraits d’électrices présentés mettent en avant une jeune fille, une ménagère et une mère de famille étourdie…

Ces deux exemples illustrent bien la misogynie concernant l’implication des femmes dans la citoyenneté, et plus particulièrement dans son accès au droit de vote et par conséquent son éligibilité.


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Femmes candidates à la Présidence de la République

L’élection présidentielle de 1974 marque un tournant : pour la première fois une femme se déclare candidate et obtient les parrainages nécessaires (100 à ce moment-là) pour se présenter officiellement à la Présidence. Arlette Laguiller ouvre la voix à d’autres candidatures de femmes.

Etudions à travers leurs « professions de foi », comment celles-ci mettent en avant (ou non) le fait d’être une femme dans ce contexte particulier.

- Arlette Laguiller, candidate en 1974, 1981, 1988, 1995, 2002 et 2007

En 1974, la candidate met clairement en avant le fait d’être une femme, avant même celui d’être une travailleuse. Sept ans plus tard, le discours est sensiblement identique, même si cette fois-ci, les deux critères sont inversés.


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- Huguette Bouchardeau, candidate en 1981


Ici aussi, la candidature s’appuie clairement sur la féminité (« je n’ai pas envie de l’oublier, je suis une femme ») et sur la défense du droit des femmes. Elle se positionne comme mère, comme garante de la protection des femmes (planning familial, avortement, égalité à l’embauche, partage des tâches domestiques, violences physiques) et comme porte-parole d’une parité politique réelle


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- Marie-France Garaud, candidate en 1981

Pour elle, c’est d’abord l’idée d’être libre qui est mise en avant. Le fait d’être une femme apparaît en filigrane et seulement dans les dernières lignes de la profession de foi. Comble de l’ironie, celle-ci se termine par un : « Vu, le candidat » !


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- Dominique Voynet, candidate en 1995 et 2007

Il s’agit d’une candidature écologiste, clairement mise en avant. Quelques lignes indiquent le projet de mise en place de la parité femme-homme, dans tous les domaines. Cela illustre un changement d’époque, les combats menés par les femmes ne sont plus tout à fait les mêmes. Dans tous les cas elle, ne met plus en avant le fait d’être une femme.


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- Christine Boutin, candidate en 2002

Pour cette dernière candidate, le projet central est la famille. Le fait d’être une femme n’est pas mis en avant pour lui-même.


Les candidats et la place des femmes : promesses et réalisations

Les candidats à l’élection présidentielle ont aussi cherché à prendre en compte les revendications des électrices et en particulier ont pu faire des propositions pour donner plus de place aux femmes au sein du pouvoir politique. Dans l’article ci-dessous, qui date du 26 avril 1974, le candidat François Mitterrand, présente sa vision des choses :


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Au cours des différentes élections, d’autres candidats ont intégré à leur programme, des projets concernant les femmes. Voici quelques-unes de ces propositions :

• En 1981, le candidat Georges Marchais propose « liberté et égalité de la femme » et la création de 2.450.000 emplois pour les femmes.

• Lors de la même élection, le Président sortant Valéry Giscard d’Estaing, s’appuie sur un livret-bilan dans lequel apparaissent les réalisations concernant les femmes et en particulier la légalisation de l’avortement :


Cependant, sa profession de foi renferme aussi cette phrase sibylline, à l’adresse de la gente féminine : « Les femmes prennent chaque jour dans notre société la place qui revient à leurs grandes capacités ».

• En 1995, le programme du candidat Lionel Jospin indique : « il faut que nous réalisions l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et que nous avancions vers la parité homme-femme dans toutes les instances élues ».

• Lors de la même élection, deux candidats de droite (Jacques Chirac et Edouard Balladur) intègrent les femmes dans un discours plus généraliste, sans indication claire sur les projets à mettre en place.

Les élections présidentielles ont permis à des candidates de porter un message novateur, dans lequel, le fait d’être une femme a pu être mis en avant. La vision des femmes a ainsi pu évoluer depuis 1945 : de simples électrices, elles ont pu briguer la fonction suprême. De même, les promesses des candidats d’intégrer plus de femmes aux postes importants a aussi changé positivement : d’une seule ministre en 1974 (en la personne de Simone Veil), on passe à six ministres ou secrétaires d’Etat en 1981, douze en 1995. Malgré tout, la place de femmes reste faible dans la vie politique française.

En 2012, l’Elysée accueillera-t-il une femme ?!




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