Georges Couthon, un avocat en rupture avec l'ancien régime

 

1791


L 388, pièce 67 (jpg - 4517 Ko)

Georges Couthon, écrivain politisé. L 388, pièce 67.


Cette lettre du 6 juillet 1791 fait suite à la publication, cette même année, d’une « comédie en prose et en deux actes » par l’imprimeur Poncillon et Limet de Clermont (« Place de Devant-Clermont »). L’auteur est « M. G.-A. Couthon », « membre de la Société des Amis de la Constitution, club des Jacobins séant au Palais, à Clermont-Ferrand ». La pièce, longue d’une trentaine de pages, met en scène sept personnages, le comte de Laurémi (« décoré des croix de Malthe, du Mérite et de Saint-Lazare ») ; sa fille Céphise ; Delcourt, l’amant de Céphise ; M. Dumont, oncle du comte et colonel de la Garde nationale ; Picard, valet du comte, « en grande livrée » ; Lisette, suivante de Céphise et enfin Joseph, valet de M. Dumont. La pièce, par la distribution des rôles, est classique (maîtres, valets) ; elle l’est aussi par le recours à l’intrigue amoureuse sur deux niveaux (les amours ancillaires de Picard et de Lisette ; les amours de Céphise et de Delcourt). Mais le titre de la comédie (L’Aristocrate converti), le contexte de rédaction (la monarchie constitutionnelle) et la sensibilité de leur auteur (« membre de la Société des Amis de la Constitution, club des Jacobins ») ne doivent pas faire oublier que l’intrigue amoureuse n’est qu’un paravent qui masque une autre intrigue, plus centrale, politique.

 

Dans cette pièce, M. Dumont finit par convaincre son neveu arc-bouté sur les règles et les privilèges d’un monde ancien, du bienfondé et de la nécessité de la Révolution : il finit par être « l’aristocrate converti ». Ses propos forment un ensemble d’arguments thématiques hérités de la pensée des Lumières ; ils illustrent aussi les mesures prises par les Révolutionnaires : abolition des privilèges et des droits féodaux, disparition de la société d’ordres, mise en place de la monarchie constitutionnelle et éloge de la République, création du clergé constitutionnel, nationalisation des biens du clergé et refonte des circonscriptions religieuses, révolution judiciaire (suppression des juridictions seigneuriales, simplification de l’organisation judiciaire, magistrature indépendante, égalité devant la justice et gratuité, droit de faire appel, jury populaire en matière criminelle).  

 

Que retenir de cette pièce qui ne fut jamais jouée ? Qu’elle est un résumé des convictions personnelles de son auteur qui semble s’être incarné, au-delà des rimes rapprochant les deux noms, en Dumont. À travers ce personnage, on sent se dessiner deux facettes de Couthon : l’homme acquis aux principes révolutionnaires mais également l’homme engagé dans le processus révolutionnaire.




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