Eugène Chassaing et les débuts de l’aviation sanitaire

Homme politique aux multiples mandats, notable et médecin, Eugène Chassaing a aussi largement contribué au développement de l’aviation sanitaire.

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Eugène Chassaing se reposant. 196 J 56.


Exempté pour « faiblesse » en 1899, Eugène Chassaing s’engage volontairement lorsque la guerre éclate en août 1914. Il est nommé médecin aide-major de 2e classe de réserve. Très vite, son attention se porte sur le problème de l’évacuation des blessés. Il imagine dès octobre 1914 un brancard extensible à toile mobile susceptible « de rendre des services en ce qui touche le transport des blessés [dans les trains sanitaires] et plus spécialement leur évacuation des tranchées. »

Nommé médecin aide-major de 1ere classe, Chassaing est affecté de mai 1916 à juillet 1918 à l’ambulance auto-chirurgicale n°21. Là encore, il déploie son énergie au service de l’amélioration des moyens d’évacuation des blessés. Le député d’Ambert demande ainsi en février 1917 au ministre de la Guerre « si pour le transport des blessés particulièrement graves, il ne serait pas possible de constituer des sections sanitaires d’avions, et à tout le moins, de tenter à ce sujet, quelques essais de transport aérien »


L’aviation permet d’intervenir et d’évacuer rapidement, au contraire de la voiture ou du train ralentis par le mauvais état des infrastructures.

Dans un article du Petit Parisien du 14 mars 1917, le médecin puydômois interpelle l’opinion  publique sur « le traitement des blessés et l’aviation sanitaire » : « Hémorragie et infection sont les ennemis terribles que le médecin de guerre a pour mission de vaincre. Il a toutes chances de vaincre s’il intervient à temps. […] Le sort du blessé est dans bien des cas lié au gain de quelques heures ou de quelques instants. (…) 

Les voitures sanitaires ont, avec avantage, remplacé les voitures à chevaux. Si la route était libre et bonne, la distance serait vite franchie. Mais il faut compter avec les fondrières, les éboulements, l’encombrement prolongé et désespérant par des convois de ravitaillement qui se pressent, se heurtent et se regardent pendant des heures. Si bien maniée soit-elle, la vaillante petite auto sanitaire ne peut soustraire son précieux fardeau ni aux attentes prolongées ni aux chocs brisants qui retentissent douloureusement sur l’état des blessés. »

 

En juin 1917, Chassaing obtient deux appareils pour réaliser ses premières expériences. Les essais sont menés à Villacoublay à partir du mois de septembre et le premier « avion-brancard » est modifié pour recevoir deux blessés dans son fuselage. D’autres expériences sont effectuées  à l’arrière puis dans  la zone des Armées à partir de novembre 1917. 

Dans les mois qui suivent, quatre avions sont envoyés au Maroc grâce aux relations nouées entre Chassaing et le maréchal Liautey, résident général de France au Maroc. Chassaing rejoint ce pays à la fin de l’année 1918 avec pour mission « de pratiquer des essais sur les avions sanitaires ».

Si ces derniers ne sont finalement pas utilisés sur le front français, les idées de Chassaing trouvent leur application dans les débuts de la guerre du Rif au Maroc. De 1921 à 1928, au moins 4000 militaires sont évacués et soignés grâce à 70 appareils pour seulement 2 accidents mortels.


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Essai réalisé à Villacoublay où il joue le rôle du blessé, sept. 1917. 196 J 56.

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Essai réalisé à Villacoublay où il joue le rôle du blessé, sept. 1917. 196 J 56.


 

 

 


 

 

 

Un notable radical par excellence.

Après une scolarité qui le voit passer des bancs de l’école communale de Brousse à la Faculté de Médecine de Clermont-Ferrand, puis celle de Paris, Eugène Chassaing (1876-1968) revient s’installer médecin dans son Livradois natal. Rapidement, il s’intéresse à la chose publique, devenant en 1904 adjoint au maire de Saint-Anthème.  L’élection partielle de 1909 dans la circonscription d’Ambert le conduit jusqu’à l’Assemblée nationale et ouvre près d’un demi-siècle de mandats nationaux. Ses mandats de députés (1909-1919, 1924-1930, 1946-1955) ne sont interrompus que par sa défaite électorale de 1919, la Seconde Guerre mondiale et…son élection au Sénat (1930-1944).

Chassaing est également omniprésent dans le paysage politique local. S’il abandonne vite le mandat communal, c’est pour se présenter au Conseil  général. Elu dans le canton de Saint-Anthème de 1910 à 1964 sans interruption, il est également Président du Conseil général de 1935 à 1940, puis de 1949 à son retrait de la vie politique en 1964. 




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