La plus parisienne des fontaines riomoises…

À l’occasion des célébrations du 250e anniversaire de la naissance de Desaix [1], le document du mois s’intéresse à l’histoire singulière de la fontaine de Riom consacrée au général.


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Carte postale photographique illustrant le défilé de l’artillerie suite à l’inauguration de la fontaine Desaix, 22 juillet 1906, édition VDC, 507 Fi 2227.


Né à Ayat-sur-Sioule le 17 août 1768, Louis Charles Antoine Desaix intègre l’école militaire d’Effiat à l’âge de huit ans. Il débute une brillante carrière militaire et est nommé général de division dès 1794 ; en 1798, c’est la campagne d’Égypte avec Bonaparte où il s’illustre par de nombreux faits d’armes. Il suit à nouveau Napoléon en Italie ; où son intervention lors de la bataille de Marengo, le 14 juin 1800, est décisive mais, touché en plein cœur lors de l’assaut, il y meurt à l’âge de 31 ans.

Une souscription publique est alors lancée pour permettre l’érection d’un monument à sa gloire à Paris. Le dessin de la fontaine est l’œuvre de Charles Percier, tandis que la sculpture est confiée à Augustin Félix Fortin. Le monument est installé en 1803 place Thionville (actuelle place Dauphine), sur l’île de la Cité, où elle se dresse jusqu’à son démontage en 1874, lors de l’agrandissement du Palais de Justice de Paris. La fontaine est alors reléguée dans un dépôt à Auteuil. C’est là qu’Étienne Clémentel, alors ministre des Colonies et maire de Riom, l’aperçoit et songe à la faire venir dans sa ville. Comme il l’explique :

« Lorsque la Ville de Paris consentit, sur notre demande, à faire don, à Riom, de la Fontaine Desaix, (…), nous obtînmes des quatre fils de Jean-Baptiste Laurent, dont nous avons donné le nom à la place nouvelle, une souscription de 5 000 francs. - Qui reconnaîtrait notre ancienne et peu séduisante place d’Espagne dans la nouvelle place, harmonieuse de lignes, au centre de laquelle s’élève le monument qui contribue le plus puissamment au charme de notre cité ?  Transformation de la place, transport, érection du monument, tout cela a été réalisé au moyen de la souscription dont nous venons de parler [2]. » 

Les fils Laurent sont alors directeurs des Grands Magasins du Louvre  et ils tiennent à faire baptiser la place du nom de leur père. Ainsi les 21 et 22 juin 1906, l’inauguration de la fontaine et de la place Laurent (ancienne place d’Espagne) donne lieu à de grandes fêtes en présence notamment du ministre de la Guerre, Eugène Étienne, et du député de la Seine, Paul Chautard. Le 21 juin, la délégation ministérielle, après avoir fait une halte à Gannat, visite Riom et Châtel-Guyon.  Le lendemain, lors du discours d’inauguration, Clémentel rend ainsi hommage au général Desaix : « C’est une grande fête pour Riom que cette solennité qui a conduit dans ses murs le chef respecté de notre vaillante armée française, l’héritier des sentiments et des pensées du grand Français dont la parole ardente et la foi invincible surent donner à la France, à l’heure tragique, la force de lutter et de vivre, et lui apprit à ne jamais désespérer [3]. »

L’inauguration du monument est suivie d’un défilé, puis d’un banquet républicain.

-Le document du mois est une carte postale photographique qui montre le défilé de l’artillerie. Le monument est érigé dans la partie droite de l’image : au sommet d’un fût cylindrique en marbre, un groupe sculpté représente la France à la manière d’une déesse guerrière antique qui couronne le buste du général Desaix. Sur le fût, des bas-reliefs sculptés faisant référence aux campagnes militaires de Desaix sont accompagnées d’inscriptions, dont les dernières paroles prêtées à Desaix : « Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le regret de n’avoir pas assez fait pour la postérité. »

Malgré l’enthousiasme du maire de Riom, la sculpture a fait dire au  journaliste de l’Avenir du Puy-de-Dôme et du Centre « il n’est pas très heureux ce monument, une victoire couronnant un buste qui a la prétention de représenter Desaix et qui ressemble singulièrement à ces bustes d’Hippocrate ou de Galien qu’on trouve dans les vieilles pharmacies » [4].

Toutefois, devant le succès remporté par l’inauguration du monument de Riom, il semble qu’il ait été un temps envisagé de faire une copie de la fameuse fontaine à Paris [5] mais ce projet ne fut pas réalisé.  


Pour en savoir plus

Projet d’amélioration de la place d’Espagne (mai 1905) et devis estimatif des travaux et cahiers des charges (mai 1905) [cote O 0 8819].

Extrait du registre des délibérations du conseil municipal de la ville de Riom du 19 juin 1906 concernant un devis des travaux et fournitures à exécuter en vue de l’édification de la fontaine Desaix sur la place Laurent [cote 2 O 298/9].



[1] Vincent Haegele, « Louis Charles Antoine Desaix », Le livre des commémorations nationales 2018, Paris, Éditions du Patrimoine, Centre des Monuments Nationaux, 2017, p. 109-110.

[2] Étienne Clémentel, Aux habitants de Riom. Quatre années de municipalité. 1904-1908, Riom, Imprimerie Ed. Girerd, 1908, p. 9-10 [Cote 5 J 1].

[3] Félix Ronsérail, « Les fêtes de Riom », Le Moniteur du Puy-de-Dôme, édition du 23 juillet 1907 [Cote 5 BIB 3/52]

[4] L’Avenir du Puy-de-Dôme et du Centre, édition du 23 juillet 1906 [Cote : 5 BIB 4/17].

[5] Camille Audigier, « On va réédifier à Paris la fontaine de Desaix », article extrait du Paris-Journal [Cote 5 J 1].


Carte postale photographique illustrant le défilé de l’artillerie suite à l’inauguration de la fontaine Desaix, 22 juillet 1906, édition VDC.

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 507 Fi 2227




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