La Terreur : une période singulière de la Révolution

 Dossier réalisé par Corinne Dalle et Jean-Michel Viallet 

 

Ce nouveau dossier thématique porte sur la période révolutionnaire, et plus précisément sur « La Terreur ». Dater le début de celle-ci fait débat au sein des historiens. Certains la fixent à la naissance du Tribunal révolutionnaire en mars 1793, d’autres la font remonter plus tôt,  aux massacres de septembre de l’année 1792.  Pour tous, elle s’achève le 28 juillet 1794, avec la chute de Robespierre.

 


C’est une thématique présente dans les programmes du collège, en classe de 4ème, dans une partie intitulée « Les temps forts de la Révolution ». En lycée, c’est en Seconde que les élèves sont invités à étudier cette période, à travers « La Révolution française : l’affirmation d’un nouvel univers politique ».

Les documents conservés aux Archives départementales du Puy-de-Dôme nous ont permis de développer notre étude autour de cinq axes principaux : l’attitude vis-à-vis au Roi ; la volonté de faire disparaître toute trace de l’Ancien régime ; la surveillance des suspects ; la gestion des problèmes financiers et la mise en place de nouvelles fêtes en l’honneur de la République.

Mais au préalable, nous vous présentons quelques éléments relatifs un révolutionnaire puydômois qui a traversé la période en y jouant un rôle non négligeable : Georges Couthon. Né à Orcet le 22 décembre 1755, Couthon devient Président du tribunal de Clermont-Ferrand en 1789. Il est ensuite élu à la Législative (1791), puis à la Convention (1792). Membre des « Montagnards » et du Comité de salut public (1793), il compose avec Robespierre et Saint-Just le « triumvirat ». Il est corédacteur de la loi du 22 prairial (10 juin 1794), qui organise la « Grande Terreur ». Arrêté en même temps que Robespierre, il est guillotiné le 10 thermidor (28 juillet 1794). 


  • Que faire du Roi ?

 

Louis XVI – roi des Français – est arrêté en juin 1791 alors qu’il tente de fuir en Autriche, patrie de son épouse Marie-Antoinette. Une lettre du citoyen Girot relate l’événement :
« Le roi s’est enfui pendant la nuit. […] La fureur et l’indignation se peignent sur tous les visages. […] Désolés d’avoir été trompés, ils (les représentants de la nation) sont disposés à soutenir courageusement la révolution ».  [L 543]


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Affiche sur la « loi relative à la suspension du pouvoir exécutif », datée du 10 août 1792. 30 Fi 1291.

 

 

Enfermé aux Tuileries avec sa famille, il est destitué de sa fonction en 1792, après la journée du 10 août (dont une des origines serait le manifeste dit « de Brunswick » publié le 25 juillet 1792, menaçant le peuple de Paris et la Révolution).

 

C’est cette information qui est l’objet d’une affiche sur la « loi relative à la suspension du pouvoir exécutif », datée du 10 août 1792.

 


Depuis avril 1792, suite à la déclaration de guerre à la Prusse et à l’Autriche, les princes d’Europe menacent la France et la Révolution. La patrie est alors déclarée « en danger », ainsi qu’en témoigne une autre affiche, datant du 16 juillet 1792 :
« La horde effrénée des tyrans de l’Europe s’avance à grands pas pour s’efforcer de nous ravir notre liberté, notre constitution que nous avons juré de sceller de notre sang ». [L 544]

 
Emprisonné dans la tour du Temple, le roi doit être jugé par la Convention (élue en septembre 1792). Les députés vont débattre sur l’acte d’accusation et la peine encourue.

Le député du Puy-de-Dôme, Georges Couthon développe ici un argumentaire justifiant le procès du « ci-devant » roi.

 

 « Je demande qu’on mette successivement aux vois les deux questions suivantes : Louis Capet est-il coupable de haute trahison envers la Patrie ? Si Louis est coupable qu’elle (quelle) peine a-t-il mérité ? » [2 J 120]

Robespierre lui répond quelques semaines plus tard : « Je prononce à regret cette fatale vérité...mais Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive ». Ainsi, Louis Capet est jugé, condamné à mort et guillotiné à Paris sur la place de la Révolution le 21 janvier 1793.

Dans une intervention plus tardive datant du premier Pluviôse, an deuxième de la République (20 janvier 1794), Georges Couthon développe un nouvel argumentaire justifiant son refus du modèle constitutionnel britannique, de la monarchie et de la présence d’un monarque, ce qui illustre bien la volonté de « tourner la page ».

« Je vois dans cette constitution un roi. Un roi ! J’en recule d’horreur. Un roi ! C’est un monstre que la nature désavoue, c’est un maître qu’elle ne reconnaît point, c’est un tyran qu’elle déteste ». [2 J 124] 

 


  • Faire disparaître les traces de l’Ancien Régime

 
Après s’être débarrassé du Roi, les révolutionnaires cherchent à faire disparaître toute trace du « cy-devant royaume ».

De nombreuses lettres relatent la destruction des vestiges religieux de « superstition », ainsi que la démolition de châteaux. Deux documents permettent d’étudier cet aspect.

Le premier est un imprimé du comité de Salut Public, dont le titre « Représentants du Peuple, composant le comité de Salut Public aux Agents nationaux près les Districts » est peu explicite. Il s’agit en fait de rappeler aux agents nationaux des districts l’importance et la nécessité de faire disparaître totalement (les instructions sont péremptoires) les signes du temps passé : « il faut que l’empreinte et la nuance de la pierre n’en puissent rappeler la mémoire ; il faut qu’une couleur rembrunie rende uniforme la surface des murs ».

 


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L 5018.

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Imprimé du comité de Salut Public (24/06/1794). L 5018.


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septembre-octobre 1794. L 3781.

 


Le second est un document de synthèse, émanant du district de Montferrand et intitulé « Etats des dépenses nécessitées pour la destruction des signes du fanatisme, royauté et féodalité ». On remarque ici qu’il s’agissait de véritables chantiers où différents artisans pouvaient intervenir pour détruire toute trace du passé.

 


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4 décembre 1793. L 5018.

 



Dans le même ordre d’idée, ce ne sont pas uniquement les bâtiments qui sont touchés par cette fièvre destructrice.

Un imprimé édité par les administrateurs et procureur-syndic du District de Riom, concernant « la remise des croix dites de Saint-Louis » stipule clairement que les certificats donnés en échange de la remise desdites croix, « doivent être brûlés à mesure que vous les recevrez ». Car, précisent les auteurs,  « il faut que la plus légère trace du despotisme ou de la féodalité disparoisse du sol de la Liberté ».

 


Par ailleurs, la commune de Saint Pardoux dans une double volonté de « détruire » le passé et d’aider pour le présent (voire l’avenir) annonce dans une lettre qu’elle donne à la république « une des cloches […] pour être convertie en canon » [L 6260]

Enfin, une lettre des deux commissaires nommés par la société populaire de la ville de Riom, du 18 septembre 1793, montre qu’à cette date et dans ce district, les demandes explicites ont bien été respectées.

« Dans Gimeaux, Davayat et Combronde nous n’avons rien trouvé de contraire à la tranquillité publique, qui puisse rappeler le souvenir de la féodalité, et l’on nous a assuré qu’il n’y avait aucune personnes de suspectes ». [L 5018]


  • La surveillance des suspects



Le texte de la « loi des suspects », de septembre 1793, précise que sont réputés suspects ceux « qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté ».

 

Les citoyens, en particulier ceux qui avaient une responsabilité dans les affaires publiques, doivent, de plus, se faire délivrer un certificat de civisme.
Par exemple, un extrait de registre de délibération du conseil général de la commune de Saint Victor et Montvianex, en date du 17 novembre 1793, relate la décision prise de délivrer au citoyen Antoine Garet (secrétaire de la commune) un certificat de civisme, car il « n’a cessé de donner des preuves de son attachement à la République une et indivisible ».  [L 6324]

À l’opposé, d’autres citoyens doivent se battre afin d’obtenir la confirmation de ce fameux certificat. C’est le cas du citoyen Simonnet, notaire public à Aigueperse. Deux courriers de sa main, datés de l’automne 1793, nous relatent que celui-ci s’est vu refusé le renouvellement par le Comité de surveillance, pour une raison qu’il ne connaît pas. Ce refus l’empêche d’exercer sa profession. [L 6046]

La dénonciation d’attitudes répréhensibles va encore plus loin. C’est le cas d’un tableau de synthèse du comité de surveillance d’Aigueperse datant du 26 avril 1794, qui propose une description de Marie Duvivier, ci-devant baronne, pour le  moins explicite :

« Femme sans mœurs, sans principes, n’ayant manifesté aucune opinion sur les événements de la Révolution conservant dans son cœur un faible reste de l’orgueil qu’avaient ceux de sa caste. Le Comité n’a point de connaissance qu’elle ait signé des pétitions et arrêtés liberticides ». [L 6045]

 
Des courriers interceptés montrent que les contre-révolutionnaires peuvent être parfois encore très virulents, ainsi que l’atteste par exemple cette lettre adressée « Aux Français », et datée de janvier 1793.

« Français, verrez-vous toujours d’un œil tranquille et indifférent votre patrie en proie à la fureur d’une troupe de scélérats qui ont juré de faire un vaste tombeau du royaume cy-devant le plus florissant de l’Europe ? Quoi ! Préservez-vous toujours de joindre vos forces à celles de ces hommes cruels et qui ne respirent que le sang […] ».

Dans la dernière partie de ce même courrier son auteur, anonyme, évoque le fait que les hommes au pouvoir nommés ici « enragés », « vous menaceront de la guillotine ».   

Lettre adressée aux Français [L 6093 ]


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Gravure de la guillotine (1792). 70 Fi 68.

 

En effet, les suspects peuvent être arrêtés, jugés et condamnés, parfois à la peine de mort. Une loi d’octobre 1791 précise que « tout condamné à mort aura la tête tranchée ». Depuis 1789, le docteur Guillotin travaille à l’établissement d’une machine à décapiter qui respecte une des attentes du texte de loi cité précédemment : « la peine de mort consistera dans la simple privation de la vie, sans qu’il puisse jamais être exercé aucune torture envers les condamnés ».

Une lettre du ministre des contributions publiques a pour objet la livraison d’une « machine à décapiter » construite par le sieur Schmidt, pour la somme de 824 livres.

De nombreux documents (lettres, reçus) concernent la mise en place d’échafauds.

 


  • Les fêtes nouvelles

 

« Ayez des fêtes générales et plus solennelles pour toute la République ; ayez des fêtes particulières et pour chaque lieu qui soient des jours de repos, et qui remplacent ce que les circonstances ont détruit. Que toutes tendent à réveiller les sentiments généreux qui font le charme et l'ornement de la vie humaine, l'enthousiasme de la liberté, l'amour de la patrie, le respect des lois ». Ainsi s’exprime Robespierre lors d’un discours de mai 1794, relatif aux liens entre les idées religieuses et morales et le principe républicain ainsi qu’aux fêtes nationales.

Ce propos est entendu partout en France et particulièrement dans le Puy-de-Dôme. De nombreux documents (surtout des lettres), invitent les citoyens à participer aux fêtes civiques (14 juillet, 10 août, 9 thermidor, 2 septembre, fête de la jeunesse – le 10 germinal – ou fête de la Décade).

« Tous les décadis de l’année sont des jours consacrés au repos des Républicains. Les cy-devant dimanche étoient des jours que la superstition avoit destinés pour ce même repos et devoient être employés à des travaux fructueux et utiles ». (extrait d’une lettre) [L 3798]

« Les fêtes nationales importent grandement à l’affermissement et au maintien de la République ; elles feront oublier ces cérémonies superstitieuses et ridicules, ces préjugés religieux dont les tyrans se sont servis avec succès pour subjuguer les hommes ; elles les rappelleront à leur dignité, et formeront ce caractère national qui grave dans les cœurs l’amour de la patrie ». (extrait d’un feuillet imprimé) [L 3798]

 


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Comité de surveillance de Beaumont. L 6184.



Ces lettres évoquent également la participation des citoyens à ces « moments républicains ». L’une d’entre elle, datée du 29 thermidor An II (16 août 1794), dresse « une liste des individus qui ont été trouvés les plus opiniâtres à fêter les ci-devant fêtes et dimanches pendant ce dernier trimestre » -

 

 


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14 décembre 1794. L 6085.

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L 6085





À l’opposé, un extrait des minutes de la municipalité de Bonnet-Libre (St Bonnet-le-Chastel) évoque la condamnation de plusieurs citoyens n’ayant pas assisté à la lecture obligatoire lors du décadi.

 « Considérant que ce ne peut être qu’une insouciance de la part des citoyens […] et non une malveillance ; que d’ailleurs les principes révolutionnaires de ces mêmes particuliers sont connus […]. Considérant qu’en exécutant, à la rigueur, les peines prononcées par le même arrêté contre les particuliers, l’agriculture se trouverait privée d’un travail qui deviendrait vraiment nuisible à la société ; mais pour donner un exemple de soumission aux lois, et pour qu’à l’avenir, ils ne soient plus dans le cas de commettre de pareilles infraction », les accusés sont condamnés à payer 3 livres d’amendes chacun (somme qui sera distribuée à la Garde nationale).

 


Enfin, l’objectif est d’en finir avec la place du dimanche dans le quotidien des citoyens. Il est décidé que ce jour-là ne doit en aucun cas être chômé. Une lettre datée du 26 brumaire An II de la République (16 novembre  1793), l’explique parfaitement bien :

« La municipalité sera invitée à donner les ordres nécessaires pour que les cydevant jours de dimanche et fêtes […] les boutiques et magasins soient ouverts, qu’elle invite aussi les ouvriers à continuer ces mêmes jours des travaux ordinaires »[F 0247 – Liasse n°4]


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Assignats, créés après la loi du 17/10/1792. 7 F 35.

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7 F 35.

 

  • Les problèmes financiers

 

La République est aussi confrontée à de graves problèmes financiers.

 

Le  danger de banqueroute, qui avait précipité la convocation des Etats Généraux en 1789, n’est pas réglé en 1793, loin s’en faut.

Dès décembre 1789, les révolutionnaires tentent de faire rentrer de l’argent frais grâce à la confiscation des biens du clergé (décret du 2 novembre 1789) et leur mise en vente par anticipation (décrets des 19 et 21 décembre 1789). Dans le même temps, est créée une monnaie papier, l’assignat, dont la valeur est gagée sur les biens de l’Eglise, et qui est mis en vente par fraction.

 


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4 J 10.



Mais bien vite la valeur des assignats va se déprécier, comme l’illustre ce tableau fixant le cours des assignats du 1er janvier 1791 au 20 mars 1795.

 


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« Jeu » de 32 cartes, annotées (1795). L 5019.


Afin de « contourner » ce problème financier, des reconnaissances de dettes – appelées aussi « bons de confiance » – vont se diffuser, pour certaines sous forme de cartes à jouer.

« Le citoyen Mandou payera aux tailleurs de pierre dix-huit journées y compris celle d’aujourd’huy onze prairial an II de la République une et indivisible ».

 


Dans le même ordre d’idée, des taxes sur « les riches égoïstes » vont être votées afin de financer certains projets, comme le relate ici une lettre du Secrétaire du district d’Issoire, du 5 pluviôse An II (24 janvier 1794). Il mentionne les taxes fixées par un arrêté de Couthon obligeant « les riches égoïstes du district d’Issoire, en proportion de leur faculté », à verser une somme de 11500 livres au profit des hôpitaux d’Ardes, d’Issoire et de Sauxillanges. [L 6205]


 

Épilogue :

 

La Terreur fut un moment singulier de la période révolutionnaire. Déchirés entre la volonté de faire disparaître toute trace du passé monarchique et le désir de créer une France nouvelle, les « Montagnards » vont finalement s’enfermer dans une gouvernance dictatoriale. La fuite en avant de la « Grande Terreur » entraîne l’arrestation de Robespierre et de ses compagnons par ceux que l’on nommera par la suite les « Thermidoriens ».

Un rapport (imprimé) du comité de Salut Public en date du 9 thermidor an II, nous relate dans le détail « la conspiration ourdie contre la représentation nationale, par Robespierre, Couthon, St Just, Lebas et leurs complices » (dont Augustin Robespierre, le jeune frère de Maximilien). [L 640]

 




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