Le carnet de croquis de l'archiviste Gilbert Rouchon

Parmi les pièces constituant le fonds de Gilbert Rouchon, ancien archiviste du département du Puy-de-Dôme, se trouve un carnet de croquis et de dessins (4 F 246) remarquable à plus d’un titre.


4 F 246 (png - 1642 Ko)

Château de Saint-Amant-Tallende, image extraite du carnet de croquis de Gilbert Rouchon (page 35), 4 F 246.


De petites dimensions (13, 5 x 19 cm), il est constitué de plus de quatre-vingt-dix folios, dont la moitié est couverte de dessins et de croquis. Il a été réalisé dans les années 1885-1886 par Gilbert Rouchon (1856-1937), archiviste départemental depuis 1882.

La grande majorité des dessins présente des sites et monuments du département. Une place importante est accordée aux plans architecturaux et en particulier aux plans au sol d’églises. L’archiviste exécute également quelques élévations, comme le chevet de l’église de Montfermy (folio 7 v°) ou le clocher de l’église de Saint-Saturnin (f. 32 r°). Il s’intéresse aussi aux châteaux et aux maisons anciennes ou à leurs vestiges (notamment f. 11 r°, 12 r°, 13 r°, etc.) et réalise parfois des dessins de rues (rues de Saint-Saturnin, f. 15 r° et 31 r°).

Gilbert Rouchon croque les détails architecturaux et en particulier des sculptures. Ainsi, il réalise le détail d’un panneau en bois de l’église de Bromont-Lamothe (f. 2 v°), celui du tympan de la maison Delille à Chanonat (f. 14 r°) ou les sculptures de deux gargouilles à figure animale de l’ancienne église de Ceyrat alors déposées au presbytère (f. 29 v°). Dans la même veine, l’auteur s’intéresse aux décors de fenêtres, de portes ou de cheminées (voir en particulier f. 17 r° et 22 v°) dont il donne parfois une datation. Il dessine également les détails des croix de village. Réflexe d’archiviste et d’épigraphe ? Il relève aussi les inscriptions qu’il trouve sur son chemin.

L’auteur glisse parfois quelques indications à caractère historique ; certains sites font l’objet d’un développement particulier, notamment l’église de Montfermy. L’archiviste note : « XIsiècle, réparée depuis peu ; simple nef voûtée plein cintre. Abside ronde, fausses baies à l’abside, séparées par des colonnettes sveltes. » Outre l’élévation du chevet, Rouchon relève également les détails sculptés, dont les chapiteaux : l’un reprend le thème dit des « griffons au calice », fréquent dans la sculpture romane en Auvergne, les deux autres présentent des motifs géométriques ou feuillagés. Rouchon saisit également le détail du cordon à billettes décorant le chevet ainsi qu’un modillon à copeaux (qu’il nomme « corbeau »). Il dessine la croix du cimetière présentant d’un côté la Vierge à l’enfant couronnée et de l’autre, le Christ crucifié, et relève les inscriptions qui l’accompagnent. Enfin, Rouchon note la présence de trois pierres tumulaires encastrées dans le mur de  l’église. Il en dessine une, sans toutefois en relever les inscriptions.

Parmi les autres curiosités soulignées  par Rouchon, il note la présence de signes lapidaires ou  marques de tâcherons sur les contreforts de l’église de Ceyrat (f. 29 v°), détail qui démontre ses talents d’observateur.

Au-delà de l’architecture, Rouchon s’intéresse à certains éléments d’orfèvrerie comme le support en fer forgé du bénitier de l’église de Pontgibaud (f. 3 r°). Il mentionne quelques objets antiques détenus dans une collection particulière dans cette même ville (f. 1 v°) et signale ce qui semble être des collections mises au jour lors de fouilles ou de découvertes archéologiques à Soubrevit, Montcognol (f. 3 v°) et Fraisse (f. 6 v°), sites proches de Chapdes-Beaufort.

Enfin, à l’image de certains savants touche-à-tout du XIXsiècle comme Jean-Baptiste Bouillet, Gilbert Rouchon s’est également intéressé aux sites géologiques : il fait ainsi plusieurs relevés de rochers près du pont de Ceyrat (f. 26 v°- f.27 v°)  ou du dolmen de Cournols (f. 33 v°).

Il n’est pas toujours très bon dessinateur, comme le montrent ses perspectives souvent mal maîtrisées, mais il a à cœur de restituer certains détails qu’il transcrit avec minutie. Ainsi les chapiteaux de l’église de Saint-Saturnin font l’objet de relevés très consciencieux et montrent tout l’intérêt de l’homme pour l’histoire de l’art, discipline qu’il sera amené à enseigner à la faculté de Lettres de Clermont-Ferrand de 1891 à 1893.

 

Loin de parcourir les sites exceptionnels du département, l’archiviste semble s’être d’abord intéressé au territoire et aux sites proches de Bromont-Lamothe, commune où il est né le 15 septembre 1856 et où il est probable qu’il ait conservé quelques attaches. Dans un second temps sont privilégiés les sites du sud-ouest de Clermont-Ferrand. L’intérêt de ce carnet réside dans la présence de relevés de sites méconnus qui, dans la grande majorité, n’intéressaient pas les historiens de l’art ou archéologues de cette époque. En ce sens, il relève plus de la prospection méthodologique de terrain que de la compilation de sites « remarquables ». Par ailleurs, ce carnet méconnu présente la particularité de restituer l’état de certains sites ou objets à la fin du XIXe siècle dont certains ont aujourd’hui été altérés ou restaurés ; d’autres ont encore complètement disparu.

 

Liste des sites  

f. 1 r° : Saint-Ours / f. 1 v°, 2 r°, : Pontgibaud / f. 2 v° : Bromont-Lamothe / f. 3 r° : Pontgibaud / f. 3 v° : Soubrevie et Montcognol [environs de Chapdes-Beaufort] / f. 4 r° : Chapdes[-Beaufort]  / f. 4 v° : Bourdube [?] / f. 5 r°: Villelongue [environs de Saint-Ours] / f. 5 v° : Chapdes[-Beaufort] / f. 6 r°/ Pulvérières / f. 6 v° : Fraisse et Montcognol [environs de Chapdes-Beaufort] / f. 7 r°: Villelongue / f. 7 v° - 9r°: Montfermy / f. 9 v°-11 v°: Saint-Saturnin / f. 11 v°-12v° : Manson [environs de Saint-Genès-Champanelle] / f. 13 r° : La Roche-Blanche / f. 13 v° - 14 v° : Chanonat / f. 15 r° : Saint-Saturnin / f. 15 v°- 16 : La Roche-Blanche / f. 16 v° : Tallende-le-Mineur [Saint-Amant-Tallende] / f. 17 r°-23 r° : Beaumont / f. 23 r°- 24 r° : Ceyrat / f. 24 v°-26 r° : Le Crest / f. 26 v°- 27 r° : Ceyrat / f. 27 r° : Opme / f. 27 v° : Ceyrat / f. 28 r° : Opme / f. 28 v° -29 v° : Ceyrat / f. 30 r°-v° : Tallende-le-Mineur [Saint-Amant-Tallende] : f. 31 r°-33r° : Saint-Saturnin / f. 33 v° : Saint-Amant[-Tallende] et Cournols / f. 34 r° : Cournols / f. 34 v°-35 v° : Saint-Amant[-Tallende] / f. 36 : Saint-Saturnin ? / f. 36 v°-37 r° : Jussat / f. 37 v°-38 r° : Theix / f. 38 v°-39 r° : Saint-Genès-Champanelle / f. 39 v° : Gergovie / f. 40 r° : entre Chatrat [environs de Saint-Genès-Champanelle] et Beaune[-le-Chaud] / f. 40 v : [Royat] / f. 41 r°-v° : Saint-Amable [de Riom] / f. 42 v° : Tours[-sur-Meymont] / f. 43 r° : Tauves / f. 44 r° : [Notre-Dame-du-] Marthuret [de Riom] / f. 46 r° : Montpensier / f. 52 r° : Beurières / f. 70 r° : Montaigut[-en-Combraille].


Pour en savoir plus

Pierre-François Fournier, Répertoire de la sous-série 4 F – Fonds de Gilbert Rouchon, Archives départementales du Puy-de-Dôme, 1938.

Marc Dousse, « Gilbert Rouchon », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, 1940, t. 60, n°506, p. 36-56.

Pierre-François Fournier, « Nécrologie – Gilbert Rouchon », Bibliothèque de l’École des chartes, 1939, t. 100, p. 218-221.

 


Carnet de croquis de l'archiviste Gilbert Rouchon

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 F 246




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