Un Empereur à Clermont

Espérée dès 1861, la visite à Clermont et ses environs de l’empereur Napoléon III et de sa femme, l’impératrice Eugénie, est finalement programmée l’année suivante. Au cours des trois journées des 7 au 9 juillet 1862, le couple impérial est reçu en grande pompe. Et contrairement aux indications de la Sûreté publique laissant présager des incidents, la visite de Leurs Majestés s’apprête à se dérouler sous les meilleurs auspices…

 

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« Arc de triomphe élevé par les sieurs Barbier et Daubrée », 3 BIB 308.


Le 7 juillet 1862, Leurs Majestés impériales sont accueillies à la limite du département par Eugène Rouher, ministre d’origine riomoise, le maréchal Castellane, le général de Martimprey, ainsi que le comte de Preissac, préfet du Puy-de-Dôme. En début d’après-midi, ils arrivent par le train à Riom, pavoisée et décorée de deux arcs de triomphe monumentaux. Le couple impérial visite l’hôtel de ville, le palais de Justice et la Sainte-Chapelle avant de prendre la direction de Clermont. Vers cinq heures, ils retrouvent le comte de Morny, demi-frère de Napoléon III et président du conseil général, et Philippe Mège, maire de Clermont-Ferrand. Ce dernier, entouré de son conseil municipal, remet à l’Empereur les clés de la ville.


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Affiche concernant le programme du voyage du couple impérial, M 130.


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« Réception à la cathédrale du couple impérial », 3 BIB 308.

 

 

Leurs Majestés vont ensuite rejoindre la cathédrale par un parcours richement décoré, la ville et les industriels ayant rivalisé d’imagination pour leur rendre hommage. À l’entrée de la rue Montlosier, par exemple, les constructeurs de machines, Barbier et Daubrée, ont installé un arc de triomphe symbolisant le travail et le libre-échange. Quelques 276 ouvriers, dont 85 ouvrières-caoutchoutières, ont répondu à l’appel. Rue Saint-Louis (actuelle avenue des États-Unis), la maison Lhéritier frères a fait ériger une statue de Vercingétorix, œuvre des sculpteurs Grangean et Gournier. Fabricants de pâtes, boulangers, marchands de grains et de farines disposent également de leur monument…

 

Arrivé à la cathédrale, le couple impérial est accueilli par l’évêque de Clermont qui, après un discours, leur donne la bénédiction du Saint-Sacrement. Devant le portail, le clergé en nombre forme une haie imposante : « Leurs Majestés se dirigent vers la préfecture au milieu d’acclamations enthousiastes, des cris mille fois répétés de vive l’Empereur ! vive l’Impératrice. Rien de plus imposant que le spectacle de cette réception ! l’Auvergne n’a qu’une voix pour acclamer le sauveur de la France et sa noble compagne. La beauté de l’Impératrice fait la plus vive impression, particulièrement sur les femmes du peuple. On entend dire dans tous les groupes : La dzente fenno (la jolie femme !), lio ze trop bravounetto (elle est trop jolie !). Que gracheusò  fenno ! (quelle gracieuse femme !). Quelques-unes ajoutaient : « Le petio è dzente coumo so mèro et brave coumo son pèro (le petit est joli comme sa mère et brave comme son père). »


À la préfecture, L’Empereur et sa femme reçoivent des produits de l’industrie auvergnate : fruits, confitures, pâtes alimentaires, pétrifications de Gimeaux et Saint-Alyre, couteaux de Thiers et papiers d’Ambert. Le comte de Morny prononce ensuite une allocution en rendant hommage à la passion de l’empereur pour César.

Sur la terrasse du jardin de la préfecture, Leurs Majestés assistent ensuite au défilé des sapeurs-pompiers et des nombreuses députations des communes du département. Au total, plus de 9600 personnes défilent au titre de ces délégations, sans compter l’ensemble des habitants du département ayant fait le déplacement. En effet, la foule se presse en masse pour voir l’empereur et, dans de nombreux villages, il ne reste « que les invalides pour garder les maisons ».

La journée se termine par un grand dîner entre convives choisis. Outre quelques personnages et fonctionnaires importants, sont également invités l’évêque de Clermont,  le pasteur protestant,  Jacob-Frédéric Moebus, et le président du conseil israélite, Léon Vidal. Dans la soirée, des feux de joie sont allumés sur les hauteurs qui avoisinent Clermont, nécessitant pour le seul puy de Dôme, six mille fagots, vingt chars de bois et huit mille kilogrammes d’huiles.  


 

 

Du 7 au 9 juillet 1862, l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie séjournent dans notre département. Après avoir été reçus à Clermont-Ferrand le 7 juillet, l’empereur se rend deux jours plus tard sur le site de Gergovie…


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« Visite de l’empereur sur le plateau de Gergovie », 3 BIB 308.


La visite de Napoléon III sur le plateau de Merdogne (ancien nom de Gergovie) est préparée de longue date. Dès 1861, le préfet Odon de Preissac, connaissant « l’intérêt pour Sa Majesté de tout ce qui se rattache à la vie de César » avait confié au service vicinal l’organisation de fouilles archéologiques afin d’identifier les ruines du camp présumé de Jules César.


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« Arc triomphal et passage de l’empereur à Beaumont », reproduit dans A. Coulaudon, Clermont au temps du Second empire, Clermont-Ferrand, De Bussac, 1963, 3 BIB 308.

 

 

 

 

Un an plus tard, l’empereur des Français, en redingote et gibus, traverse les villages vignerons bordant le site. Il est notamment accompagné de son demi-frère, le duc Charles de Morny, alors président du Corps législatif, et d’Eugène Rouher, ministre du commerce. Après avoir goûté le vin de Beaumont et avoir été acclamée par la foule, la délégation impériale se rend ensuite sur le plateau. Les voitures légères empruntent le chemin créé spécialement pour l’occasion. Napoléon III visite l’oppidum et prend connaissance de l’avancée des fouilles. Personnalisation du pouvoir oblige, plusieurs milliers de Puydômois épient ses gestes à chaque instant.


 

À l’issue de la visite, un déjeuner champêtre est organisé avant d’entamer la descente vers La Roche-Blanche. Marcellin Boudet, avocat et érudit local, dresse du repas un tableau bucolique, évoquant le « souverain assis sur un talus et ses invités installés devant lui sur l’herbe » : « Et je vous assure, poursuit-il, que ces trois groupes échelonnés sur le chemin très incliné qui descend de Gergovie à La Roche offraient un tableau allégorique intéressant. En avant, l’empereur, en civil, distribuant, d’une physionomie débonnaire, ses pincées de louis aux enfants, avec une petite caresse quand le bambin était de l’âge de son fils ; puis le « vice-empereur » [Rouher] répondant à l’ovation populaire avec une rondeur démocratique à dégeler l’intransigeance la plus réfractaire ; et, en arrière, dominant le tout, le « frère d’empereur » [Morny], l’épée de côté, accompagné de généraux et d’officiers en grande tenue, aussi impassible que s’il présidait la Chambre… C’était tout le régime[1]. » Ainsi, la « bougnacratie » du Second Empire s’offre un bain de popularité au milieu des paysans des villages alentours. Ce serait, par ailleurs, à l’occasion de cette excursion que l’abbé de Merdogne aurait demandé à l’empereur de remplacer le nom de ce village par celui, plus prestigieux, de Gergovia.



[1] M. BOUDET, « Milles souvenirs du duc de Morny », ext. du Bulletin Historique et Scientifique de l’Auvergne, 1911, 2 BIB 11075. 


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« Portrait de Napoléon III », d’après Franz-Xavier Winterhalter, reproduit dans A. Coulaudon, Clermont au temps du Second empire, Clermont-Ferrand, De Bussac, 1963, 3 BIB 308.

 

Si l’empereur attire tous les regards lors de son excursion, l’impératrice tient aussi son rôle de bienfaitrice en visitant les hospices de Clermont. Elle se rend ainsi à l’Hôpital général où tous les enfants des salles d’asile et des crèches ont été rassemblés. L’épouse de Napoléon III rejoint ensuite l’Hôtel-Dieu où elle rencontre les médecins et les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul et s’enquiert de la santé de malades civils et militaires avec, pour chacun d’entre eux, « une parole de consolation et d’espérance ». Elle rejoint enfin l’empereur à Royat en fin d’après-midi.

Le soir, un grand bal est organisé à l’hôtel de ville de Clermont dont les « vastes salles (…) suffis[ent] à peine pour contenir le monde élégant et animé qui s’y press[e]. Ce n’[est] partout que fraîches toilettes, parures scintillantes et brillants uniformes ». Ainsi s’achève le voyage impérial. Leurs Majestés quittent Clermont le lendemain matin « au milieu d’un enthousiasme indescriptible. »

 

Féru d’histoire, Napoléon III a beaucoup œuvré pour le développement de la science archéologique dans le 3e quart du XIXe siècle en France. Sa passion pour César, dont il a rédigé une Histoire monumentale,  l’amène à encourager et à subventionner les recherches et les fouilles archéologiques, notamment à l’étranger. La Commission de topographie des Gaules est créée sous son impulsion en juillet 1858. Quatre ans plus tard, l’empereur fait réhabiliter le château de Saint-Germain-en-Laye pour y créer un musée d’antiquités celtiques et gallo-romaines, initiant ainsi les fondements d’une politique archéologique nationale. 





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