Georges Couthon, parcours et engagements révolutionnaires

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Acrostiche en l’honneur de Georges Couthon, composé par J.J Mathieu. L 322, pièce 33.


 

1792


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Lettre de Georges Couthon, Paris, 19 juin 1792. L 388, pièce 10.


C’est en qualité de député de la Législative (1er octobre 1791-21 septembre 1792) que Couthon adresse cette lettre à ses concitoyens du Puy-de-Dôme, concitoyens à qui il écrivait régulièrement pour les tenir au courant des affaires parisiennes. Ce document de juin 1792 permet de porter un regard sur la situation révolutionnaire à une époque de transition, entre la monarchie constitutionnelle finissante (10 août) et la République naissante (21 septembre), mais aussi à une époque de transition politique pour Couthon. À ce moment-là, il gravite encore dans la mouvance girondine dont il soutient globalement les idées. Puis il glisse dans le camp des Montagnards entre l’été et l’automne 1792. En septembre 1792, il est élu député de la Convention.

Il faut, avant de poursuivre, s’interroger sur le parcours de Couthon : comment cet avocat clermontois parvient-il à devenir député de la Législative ?

Au tout début de la Révolution, entre 1789 et 1790, Georges Couthon est une figure remarquée et très active à l’échelle de la ville de Clermont-Ferrand et même du département. Il intègre différents comités : Comité de correspondance chargé d’adresser des lettres aux députés du Puy-de-Dôme (juin 1789-août 1791) ; Comité de la Ville, dont le rôle consiste à remplir provisoirement les fonctions municipales (septembre 1789) ; Bureau de charité (28 novembre 1789) de la paroisse Saint-Genès, créé à la suite d’un hiver très rigoureux (on y retrouve ses compagnons, Petit et Onslow). En 1790, il est élu au Conseil général de la ville de Clermont avec Gaultier de Biauzat, Michel Monestier et Sablon (24 janvier) et au tribunal du district de Clermont-Ferrand (novembre). L’interdiction de cumuler les mandats l’amène à quitter ses fonctions municipales. Dans le même temps, Couthon rejoint la Société des amis de la constitution fondée par Bancal des Issarts (mars 1790). Elle se réunit deux fois par semaine au couvent des Carmes. Il en assume la présidence entre le 16 novembre 1790 et le 2 décembre 1791. Le 21 avril 1790 enfin, Couthon fait procéder à l’inventaire du mobilier et des édifices religieux considérés comme bien nationaux. Le 9 septembre 1791, le département du Puy-de-Dôme choisit Couthon pour être député à la Législative. Il s’installe à Paris, rue Saint-Honoré, dans la maison du menuisier Duplay, où résidait Robespierre.

La lettre de Couthon fait état des tensions politiques à Paris et notamment des rapports tendus entre l’Assemblée et Louis XVI. Celles-ci s’expliquent par le contexte : échec de la fuite de la famille royale à Varennes (21 juin 1791) et guerre contre l’Autriche depuis avril 1792. 


Le 26 mai 1792, la Législative vote un décret condamnant à la déportation les prêtres réfractaires (« le décret sur les prêtres »). Un autre décret du 8 juin autorise la formation d’un camp de 20 000 hommes à Paris (« celui du campement des 20,000 hommes »). Le décret du mois de mai fait partie d’une politique d’intimidation du roi de la part des Girondins, qui craignent que les aristocrates ne profitent des premières défaites des armées révolutionnaires pour effectuer un coup de force contre la Révolution. Louis XVI, « qui parait s’être mis au dessus de tout », applique son droit de veto à l’encontre des décrets du 26 mai et du 8 juin. Les choses se compliquent les jours suivants : les 12 et 13 juin 1792, le roi renvoie les ministres girondins Servan, Clavière et Roland ; le 16 juin, Dumouriez, ministre de la guerre, démissionne de ses fonctions. Louis XVI nomme à leur place des partisans des Feuillants. Couthon mentionne des membres du nouveau ministère : Scipion de Chambonas (Affaires étrangères), « maréchal de camp », Lajard (ministre de la guerre) et Terrier de Monciel (ministre de l’Intérieur et confident du roi), « président du dept du Jura ». Le double veto du roi et le renvoi des ministres brissotins (« la conduitte que Louis 16 a tenue ces derniers tems, a vivement indisposé les esprits ») amènent les membres des clubs des Jacobins, des Cordeliers ainsi que les Girondins à organiser une journée révolutionnaire le 20 juin 1792. Il s’agit d’une date symbolique puisqu’elle marque l’anniversaire du Serment du Jeu de paume. Les Tuileries sont envahies ; le roi est obligé de coiffer un bonnet phrygien et de boire à la santé de la nation.

Concernant la contre-révolution, Couthon était farouchement opposé aux nobles émigrés et aux prêtres réfractaires (« secte contre-révolutionnaire des insermentés »), qu’il considérait comme des ennemis de la Révolution. Il voyait notamment dans le clergé dissident (alors très important dans le Puy-de-Dôme : 52%) un symbole de fanatisme et d’obscurantisme.


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L 388, pièce 10.

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L 388, pièce 10.


La lettre de Couthon expose aussi l’attitude ambiguë de La Fayette. Il lui reproche de ne pas se cantonner à ses devoirs militaires et de vouloir jouer un rôle politique. Couthon dénonce « l’ambition secrette » du général qui s’affiche comme un nouveau Washington (« en un mot il dirige des opérations de l’Assée, comme s’il s’agissait de celles de son armée » ; « Lafayette a été soupçonné plus d’une fois, de chercher à introduire le gouvernement militaire »). Il critique en particulier son positionnement politique favorable au roi. La Fayette est connu pour ses idées modérées (partisan d’une monarchie constitutionnelle) et sa défense de la monarchie : le 17 juillet 1791, il a donné l'ordre à la Garde nationale d'ouvrir le feu sur les manifestants regroupés au Champ-de-Mars pour réclamer la déchéance du roi. Couthon insiste sur sa haine à l’égard de « la faction jacobite » (le club des Jacobins), sa « vénération pour Louis 16 » et son acceptation d’un clergé divisé. Menacé d’arrestation après la journée du 10 août 1792, La Fayette se livre à l’Autriche.



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Lettre de Georges Couthon, Paris, 28 juin 1792. L 388, pièce 11.

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Lettre (verso) de Georges Couthon, Paris, 28 juin 1792. L 388, pièce 11.


Cette lettre nous propose une continuité avec le document précédent d’un point de vue chronologique et thématique. Rédigée quelques jours après la journée du 20 juin 1792, elle nous permet de mesurer les convictions de Georges Couthon. 


Ce dernier est un grand défenseur de la constitution, de la souveraineté populaire et de l’unité nationale (il inspira la formule « La République est une et indivisible »). Il est également un défenseur du principe d’égalité ; il prône par exemple l’égalité protocolaire à l’Assemblée, l’égalité entre le législatif et l’exécutif. Alors qu’il appuie au départ l’idée d’une monarchie constitutionnelle, il se montre finalement très critique à l’égard de la place qu’y occupe le souverain mais également de ses prérogatives. Et le 10 août 1792, lorsque la monarchie est renversée, il ne cache pas sa satisfaction et salue la mise en place de la République. Il réclame ensuite avec insistance le procès de Louis XVI puis vote son exécution. 

 

Dans cette lettre, Couthon dénonce l’attitude contre-révolutionnaire du roi et de ceux qui l’appuient (« malveillants », « chevaliers du poignard », « perfidie ») : un roi « déloyal », abusant de son droit de veto, faisant preuve de duplicité (« il fait toujours patte de velours à la garde nationalle ») ou conspirant contre la Révolution avec l’installation d’une « chambre ardente » aux Tuileries. Cette expression fait référence à un tribunal chargé de juger certains grands crimes, et qui faisait brûler les coupables. La mention des « chevaliers du poignard » va dans le même sens que cette crainte de la contre-révolution. Elle fait allusion à une conspiration dite des chevaliers du poignard, survenue aux Tuileries le 28 février 1791. Près de 400 nobles s’étaient alors rassemblés dans ce château, avec pistolets et poignards, pour protéger le roi d’une émeute provoquée par un projet de décret de la Constituante sur l’interdiction de l’émigration. Une rumeur de complot circulait, disant qu’on cherchait à faire fuir le roi. Louis XVI désavoue les nobles venus le protéger en leur demandant de rendre les armes : cette humiliation subie provoque une rupture entre les royalistes intransigeants et leur souverain et amène bon nombre de nobles à choisir l’émigration. 


Couthon développe enfin un dernier aspect propre au contexte de 1792, la guerre contre l’Autriche. À l’instar des Girondins, il voit en elle une opportunité politique interne et externe. Interne, car il estime que la diffusion de la Révolution à l’étranger est à même de la renforcer en France. Externe, car la France peut ainsi émanciper les peuples européens. Ce positionnement est alors à l’opposé de celui prôné par Robespierre, qui récuse le principe de la guerre révolutionnaire. Couthon évoque dans sa lettre l’état des forces françaises ainsi que deux généraux des armées révolutionnaires. D’un côté, Charles-François du Périer, dit Dumouriez, commandant en chef de l’Armée du Nord, qui se distingue à Valmy contre les Prussiens (20 septembre 1792) et à Jemmapes (6 novembre 1792) contre les Autrichiens. De l’autre, Nicolas Luckner, maréchal (1791) à qui Rouget de Lisle dédia La Marseillaise, commandant en chef de l’Armée du Rhin puis de celle du Nord.

 

Couthon prend peu à peu ses distances avec la Gironde, principalement entre l’été et l’automne 1792, période marquée par l’insurrection du 10 août, les massacres de septembre et la proclamation de la République (21 septembre). Les raisons de cet éloignement s’expliquent par l’attitude ambiguë des Girondins à l’égard du roi (notamment lors du vote concernant sa condamnation) et leur incapacité à mener efficacement la guerre (défaites, trahison de généraux). S’ajoutent aussi des divergences économiques : défenseur de la propriété privée et du principe de liberté économique, Couthon prend, à l’inverse des Girondins, le parti des masses populaires, qui souffrent de la cherté de la vie et des problèmes de subsistance et sont les victimes des spéculateurs, des « ennemis dangereux de la Constitution » coupables de crime de « lèse-humanité ». La rupture avec les Girondins est consommée à partir du printemps 1793. La situation nationale s’est aggravée : crise économique et sociale, révolte vendéenne (mars), trahison du général Dumouriez (avril) et insurrection fédéraliste (juin). L’arrestation, par les Montagnards, d’une trentaine de députés girondins le 2 juin 1793 amène les départements qui avaient élus ces derniers à se soulever contre le nouveau pouvoir. Le phénomène est imposant puisqu’une soixantaine de départements s’insurgent. Au-delà de motifs de révolte variant selon les lieux, le point de cristallisation du conflit est de lutter contre la prédominance de Paris, incarnée par le gouvernement montagnard (la province contre la capitale, le fédéralisme contre la centralisation). La menace est en tout cas prégnante. Et Couthon, défenseur de l’unité nationale, ne peut tolérer sa fracture : il est d’ailleurs envoyé en mission à Lyon pour résorber la crise fédéraliste. Le 30 mai 1793, Couthon intègre le Comité de Salut Public. Il est élu, le 21 décembre, président de l’Assemblée. 


 

1793



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Copie d’une lettre de Georges Couthon, Clermont-Ferrand,26 brumaire an II (16 novembre 1793). 2 J 129 (7).

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Copie d’une lettre (verso) de Georges Couthon, Clermont-Ferrand,26 brumaire an II (16 novembre 1793). 2 J 129 (7).


Cette lettre nous plonge directement dans le contexte de la « France assiégée » en 1793. Couthon est arrivé à Clermont-Ferrand le 29 août en compagnie de deux autres représentants en mission, Châteauneuf-Randon et Maignet. Il fait référence à la fin de sa mission qui l’a amené à se rendre à Lyon (« Ville-Affranchie ») : parti de Clermont le 28 septembre, il y demeure du 2 au 30 octobre. La situation désastreuse (« état affligeant ») du département (contre-révolution, opinion publique divisée, difficultés de ravitaillement) explique le prolongement du séjour de Couthon à Clermont-Ferrand et sa double mission : « purger les mauvaises administrations » et venir en aide aux habitants qui connaissent des problèmes importants de subsistance.

 

Il existe en effet dans ce département, pourtant acquis à la Montagne, un mouvement de contestation envers le pouvoir central dès mai 1793. Il se développe autour de trois sujets de mécontentement : la querelle entre Girondins et Montagnards, la Constitution et la levée en masse. Il est avivé par la proximité de la rébellion lyonnaise (« les agents infidèles s‘étaient coalisés avec ceux de Lyon »). Il est enfin porté par le « directoire » du département et des « membres du conseil du département » ; ces institutions sont composées par des bourgeois aisés et des notables plutôt proches des Girondins. Le Directoire avait envoyé en mai, à Paris, trois commissaires, chargés de manifester leur sentiment d’indignation face aux abus de pouvoir des députés montagnards, députés parmi lesquels figure Couthon. La délégation était composée de trois hommes de justice, les deux premiers appartenant au passage à la même loge maçonnique que Couthon : Dijon de Saint-Mayard (président du tribunal), D’Albiat (procureur général) et Barre (juge). Autre marque de dissidence : le Directoire retira, de la levée en masse de 4000 volontaires (février 1793), un bataillon de 500 hommes qu’il laissa en station dans le département. 


Couthon se consacre entre les 2 et 5 septembre à la mobilisation humaine et matérielle du département ; il met le Puy-de-Dôme sur le pied de guerre : ordre donné aux autorités municipales et à la société populaire de siéger en permanence pour réveiller l’esprit républicain et patriotique local ; réquisitions (grains, farines, chevaux, voitures, armes, fonds publics) et redevances en nature pour associer la population à l’effort de guerre ; levée en masse des pères de famille et de toutes les classes d’âge de 18 à 50 ans (arrêté du 2 septembre). Il supervise toutes ces opérations.

 

Dans la lettre, Couthon mentionne également le « siège de Toulon » et fait part de sa volonté de voir la ville réduite « en cendres ». Cette dernière est gagnée par la rébellion dès le 12 juillet 1793. La municipalité montagnarde est renversée par les fédéralistes qui, à leur tour, sont débordés par les royalistes dont le chef de file est le baron d’Imbert. L’annonce de la prise de Marseille le 25 août par les armées républicaines amène les royalistes à solliciter l’appui des puissances étrangères. Le 29 août 1793, Toulon voit débarquer 13 000 hommes de la coalition (Anglais, Espagnols, Sardes, Napolitains). Le siège dure quatre mois. Napoléon Bonaparte, capitaine d’artillerie, s’y distingue. Les premières positions toulonnaises sont prises entre les 12 et 17 novembre. Les Anglais abandonnent la ville le 19 décembre ; elle tombe aux mains des troupes républicaines le 20. S’ensuit une sanglante répression dirigée par Barras et Fréron (fusillade d’environ 800 royalistes).


Cette lettre présente enfin un dernier intérêt, celui de la politique antireligieuse de Couthon, revendiquée par une phrase très radicale  (« j’ai livré un combat à mort aux prêtres, aux saints, aux cloches et à touttes les reliques possibles »). Il est en effet à l’origine le 24 brumaire (14 novembre) d’un arrêté dit du « dépouillement des églises ». Ce positionnement antireligieux peut être mis en évidence à travers quatre exemples :

 

- la mascarade antireligieuse à laquelle il se livre à Billom devant la population. L’église Saint-Cerneuf possédait différentes reliques : un os de Saint André, un fragment de vêtement ayant appartenu au Christ, un morceau de la vraie croix et une « fameuse relique », du sang du Christ (« la relique du précieux sang »), conservé dans une ampoule. Une expérience chimique (« décomposition de la liqueur »), réalisée par le médecin Clédières, démontre la supercherie (« esprit de térébentine coloré ») et les égarements des esprits, provoqués par le fanatisme religieux et la superstition (« les imposteurs qui ont trompé pendant si longtemps sa bonne foi ») ;

 

- la récupération des étoffes dans les églises qui sont distribuées aux jeunes femmes « qui se seroient le mieux distinguées dans le cours de la révolution par leur vertu et leur patriotisme » ;

 

- la mention d’une fête dédiée à Châlier, Beauvais et Boyle. Joseph Chalier (1747-1793) est, avec Le Peletier de Saint-Fargeau (1760-1793) et Marat (1743-1793), un des martyrs de la Liberté. Chalier était le chef du parti montagnard à Lyon et membre de la commune de cette ville. Il a été assassiné à Lyon le 16 juillet 1793. Une fête civique fut instaurée en son nom le 20 novembre 1793 ;

 

- enfin, l’emploi par Couthon de son surnom Aristide et l’abandon de son « saint Georges ». On peut voir dans ce prénom Aristide une référence à l’homme d’État et stratège athénien du début du Ve siècle, dont on vanta la modestie et la pauvreté. Couthon est un autre Aristide par sa mission militaire à Lyon et sa volonté d’être proche du peuple. 


La position de Couthon à l’égard de la religion est ambiguë. L’inventaire de ses biens indique qu’avant la Révolution, il est un homme marqué par une certaine piété. La pièce n°136 fait état d’une «  petite niche contenant une vierge et son enfant en hyvoir (…), réservée pour etre exposée au cabinet des arts » ; la n°197 recense « quatre gravures la mère bien aimée, le retour du laboureur, les forgerons, le déluge, plus d’autres gravures consistants, savoir, en celle de Ste Geneviève, Melchisédech, une Ste Vierge, Jacob blessé, une offrande de St Jean, St Jean dans le désert, une Vierge allétant, la vision d’Ezéchiel, l’ombre d’Ezéchiel, un Baccus, la marche de Sileine, une vieille boémiène, St Pierre, une République, le kalendrier républicain, Suzanne, les Enfants, la piété filiale, un petit St Jean, deux représentations de moulin à bras, un enfant soutenant un globe. (…) Le tout au nombre de vingt six (…) ». Avec la Révolution, Couthon manifeste un rejet évident de l’Église établie. Il ne croit pas en la religion révélée mais en un dieu, à l’origine de l’univers. La pensée des Lumières et la franc-maçonnerie font de lui ce que l’on pourrait nommer un déiste. Couthon cautionne le culte de l’Être suprême, car il voit en lui un moyen de faire adhérer les masses populaires à la République, une République de vertu. Ennemi des prêtres réfractaires, dénonciateur des superstitions, Couthon n’est toutefois pas un déchristianisateur féroce, à l’image d’un Fouché par exemple. En fin de compte, sa politique antireligieuse reste assez modérée.


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Litanie des Saints convertis en monnaie. L 322.


Ce document a été imprimé en 4000 exemplaires. Il devait être envoyé à toutes les communes du département du Puy-de-Dôme. Si Couthon n’en est pas l’auteur, celui-ci étant le député de Haute-Loire Balthazar Faure, il est celui qui en cautionne le contenu antireligieux et valorise sa diffusion le 18 brumaire an II, soit le 29 octobre 1793. Dans une tonalité volontiers irrévérencieuse (« cochon de St. Antoine »), moqueuse (« St. Louis, nom qui fait horreur »), et même spirituelle (jeu de mots avec « antimoine »), on vante la fonte des richesses de l’Église pour financer la guerre et on se félicite de l’abandon des références aux saints, source de superstition. Un temps nouveau est instauré où il n’est plus besoin de brûler des cierges « devant l’autel de nos patrons ». Le calendrier républicain, adopté par la Convention le 24 novembre 1793, contemporain de ce document (un premier projet, présenté par le mathématicien riomois Romme, avait été retenu le 5 octobre), est aussi complémentaire de celui-ci. En effet, le dimanche, les fêtes chrétiennes et les noms des saints sont remplacés par des symboles révolutionnaires ou agrestes. Le calendrier met en place une nouvelle mesure du temps, vide de tout lien avec le fanatisme religieux. 


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Litanie des Saints convertis en monnaie (verso). L 322.


 

1794


Au cours de la « Grande Terreur » (printemps 1794), Couthon rédige la loi du 22 Prairial (10 juin 1794), qui supprime l'interrogatoire de l'accusé avant le procès, laisse l'audition des témoins à la discrétion du tribunal, refuse à l'accusé l'aide d'un défenseur et n'offre au juge qu'une alternative : l'acquittement ou la mort. Couthon accompagne ses amis montagnards sur l’échafaud le 10 thermidor an II (28 juillet 1794).


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57 j 11.




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