Grippes d'autrefois

Dossier réalisé, en 2009, par Corinne Dalle et Jean-Pierre Livet


Le service éducatif propose une sélection de documents abordant la grippe au cours du XIXe s., voire les grippes lorsqu’au XVIIIe s., la médecine ne parvient pas à diagnostiquer la maladie et qualifie tour à tour de grippes, pestes ou fièvres, les affections diverses.




1/ Une paroisse du XVIIIe s. frappée par une épidémie : l’exemple d’Yronde à travers le quotidien d’un médecin (diagnostics, soins, ruses et guérisons)


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Extrait du procès-verbal rédigé par le médecin Tixier en 1762-1763. Arch. dép. Puy-de-Dôme, 1 C 1363.

Je soussigné, Médecin, conseiller du Roy, docteur de l’université de Montpellier et agrégé au collège des Médecins, de cette ville de Clermont, conformément aux ordres de Monsieur de Ballainvilliers intendant de cette province d’auvergne, me suis transporté, mardi vingt un septembre dans la paroisse d’Yronde pour y voir et traiter les malades atteints de l’épidémie qui régnoit. J’y ay passé cinquante jours quatre différents voyages et j’ay été de retour du dernier le vingt deux janvier 1763.

A mon arrivée, chez le curé de la paroisse, je m’informais depuis quel temps régnoit la maladie et quel étoit de nombre de ceux qui en étaient morts : j’appris qu’elle régnoit depuis le mois de janvier, qu’elle avoit enlevé trente habitants des plus robustes et à la fleur de l’âge ; le plus jeune avait dix huit ans et le plus vieux n’en avoit pas cinquante. On ne me donna d’ailleurs aucun éclaircissement qui put me faire présumer ce qui avoit occasionné cette maladie. Je demandai ensuite si les malades avoient eu recours à quelqu'un pour se faire soigner, je sus que les moins mal aisés avoient faits appeler le sieur Margeride, chirurgien à Vic-le-Comte : je fus avertis qu’il étoit actuellement dans la paroisse, je le manday et nous parcourûmes ensemble les villages d’Yronde, Buron , la Molière, Foncrepon, les Verdier.

Aux premières tournées je vis un nombre prodigieux de malades. La fièvre éphémère catharale qui a été vulgairement appelée grippe régnoit aussi alors, et tous ceux qu’elle attaquoit étoient effrayés, craignant d’être atteint de la maladie à laquelle ils avoient vu succomber plusieurs de leurs compatriotes. Malheureusement l’une et l’autre débutoient à peu près de même par un frisson auquel, succédoient la fièvre et la douleur de tête. Principalement occupé à examiner et distinguer les symptômes de la maladie dont les suites étoient funestes, je reconnus bientôt une fièvre putride, bilieuse, accompagnée de vers et d’éruptions miliaires ou pourprées, qui annonçoient un caractère de malignité.

Les malades étoient saisis par un frisson auquel succédoit la fièvre, l’accablement et la douleur de tête. Quelques uns avoient des nausées et sans autres vomissements rendoient des vers par la bouche. La langue peu chargée et d’un rouge trop vif n’étoit cependant pas absolument sèche et aride. Le pouls peu fréquent dans les commencements étoit gêné et embarrassé.


En traitant les maladies épidémiques des paysans de notre Limagne d’Auvergne, il faut faire attention que dans l’assiduité d’un travail pénible, ils sont pour toute nourriture du pain noir fait avec les grains les plus grossiers, de la soupe à l’huile de noix et pour boisson de l’eau rougie et aigrie sur le marc des raisins. Les plus commodes ajoutent rarement à ce triste ordinaire, du lard, du vieux fromage ou des légumes. On peut conclure de ce régime de vie qu’ils ont le sang appauvri, la masse des humeurs dépourvue de parties fluides oncteuses et balsamiques, que les solides sont chez eux dans un état de raideur et d’érétisme, que leurs fibres sont vigoureuses mais presque inflexibles.

Après toutes ces attentions sur la cause du mal, sur la variété des symptômes et la constitution particulière des malades, j’ai suivi dans le traitement une méthode conséquente.


Lorsque j’ay vu les malades, dès le commencement j’ay fait faire bien vite une saignée rarement deux, ne croyant pas devoir les multiplier à raison de l’appareil des accidents inflammatoires : persuadé que si le sang pêche en quantité chez ceux dont je viens d’observer la manière de vivre, c’est tout au plus respectivement au calibre des vaisseaux qui trop raides pour se prêter à une grande distension s’opposent toujours a une pléthore vraie et absolue. Si on les désemplit trop, par un défaut de flexibilité, ils ne peuvent suffisamment rétrécir leur diamètre, la proportion ne règne plus entre le contenant et le contenu. L’action réciproque des solides et des liquides est dérangée, l’équilibre est rompu. Une observation que j’ay fait dans le traitement des femmes grosses constate cette vérité. Voulant user de plus de précautions à leur égard pour prévenir les pertes et les inflammations qu’avoient pu causer les remèdes évacuants, je faisois réitérer la saignée, je vis avec étonnement que cette méthode les faisoit presque toujours accoucher lorsqu’elles avoient atteint le septième mois de grossesse. Cet effet de la saignée ne prouve-t-il pas un relâchement trop subi dans le système vasculeux. Je me bornais donc pour l’ordinaire à une seule saignée.

Je fesois donner sur le champ un émétique en lavage. Le vomissement procuroit une évacuation plus ou moins abondante d’une matière jaune bilieuse et amère dans laquelle il paroissoit ordinairement des vers et souvent en quantité. Ce remède communément évacuoit aussi par le bas au moins à l’aide de quelque lavement et son effet étoit toujours suivi d’un calme dans lequel les accidents diminuoient.

 

Dans mon premier voyage du mois de septembre la ressource de trouver quelques remèdes dans la campagne me dispensa d’en demander à Monsieur l’Intendant. J’employois pour purgatif les feuilles des pêchers et les pruneaux aiguisés suivant le besoin par quelques grains de tartre stibié, je trouvais des herbes émolientes et quelquefois du miel pour les lavements. Je prescrivais des aposêmes faits avec la bourache, la chicorée sauvage les capillaires. Je faisois faire une tisane de scorsonère que l’on tiroit des jardins de Sarlan, du Bouchet du curé de la paroisse.

Telle est en général la méthode qui m’a constamment réussit puisque de deux cents malades à peu près que j’ay traité dans le courant de cette épidémie, tous ceux que j’ay vu à temps se sont garantis, tandis que il en étoit mort plus de trente avant mon arrivée et dix et douze dans l’intervalle qui s’est écoulé entre mon premier et second voyage, quatre il est vrai ont succombé pendant mes différents séjours mais en les voyant pour la première fois je les ay trouvé à l’agonie ou au moins sans ressource.

 


2/ Une épidémie de grippe dans le Puy-de-Dôme en 1890 : rapports de médecins adressés au préfet du Puy-de-Dôme sur les épidémies de grippe dans les arrondissements de Riom et Thiers.


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Rapports de médecins adressés au préfet du Puy-de-Dôme sur les épidémies de grippe dans le département. (arrondissements de Riom et Thiers) en 1890. Arch. dép. Puy-de-Dôme, M 1074.


 

Pour en savoir plus, consultez le Cahier des Archives "Entre Peste et Choléra, un aperçu de la santé du Moyen Âge au XIXe siècle"




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