Manifestations autour des présidentielles

Ce mini-dossier consacré aux « Elections présidentielles » a pour thème les manifestations populaires qui se sont déroulées en lien avec le résultat lié à ce scrutin.

Basé uniquement sur des extraits de la presse locale, notre propos porte sur les élections de 1974, 1981 (et 1988), 1995 et 2002. Si pour les quatre premières, les manifestations avaient pour but de célébrer la victoire d’un des candidats, celles de 2002 prennent une tournure différente.

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La Montagne 20 mai 1974. 5BIB 2.

1974, 1981 (et 1988), 1995 : célébrer la victoire

En 1965, lors de la première élection au suffrage universel direct, la presse locale ne fait aucun écho de manifestations célébrant la victoire de Charles De Gaulle, que ce soit à l’échelle nationale ou plus localement. (L’INA propose quelques images de la soirée électorale principalement axées sur le décompte des résultats 1.)

De même en 1969, La Montagne ne relate aucune manifestation populaire autour de la victoire de Georges Pompidou, pourtant le « régional de l’étape ». (Là encore, nous pouvons faire appel aux archives filmées de l’INA qui nous replonge dans l’ambiance de cette soirée électorale 2.)

 
Ce n’est donc qu’à partir de l’élection de 1974, que nous pouvons nous appuyer sur des ressources locales pour aborder ce thème. La victoire de l’Auvergnat Valéry Giscard d’Estaing jusque-là maire de Chamalières, d’où il avait annoncé sa candidature, est relatée dans La Montagne, datée du 20 mai. Il s’agit alors de narrer la soirée parisienne des militants et du Président élu.

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La Montagne du 11 mai 1981. 5 BIB 2.

 

 

 

Sept ans plus tard, François Mitterrand l’emporte face au Président sortant. La Montagne du 11 mai 1981 rend compte de l’événement, dans sa dimension locale, dans un article intitulé : « Salle Gaillard : de l’attente à la certitude ».

C’est d’ailleurs le même angle d’attaque qui est choisi lors de la réélection du président sortant en 1988, avec le compte-rendu d’un « happening post-électoral à Clermont-Ferrand ».


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La Montagne du 11 mai 1981. 5 BIB 2.

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La Montagne du 9 mai 1988. 5 BIB 2.


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La Montagne du 8 mai 1995. 5 BIB 2.

 

 

 

 

En 1995, l’élection de Jacques Chirac est saluée par des manifestations de joie, dont La Montagne en date du 8 mai se fait à nouveau le relais. De la place de Jaude à la bien-nommée place de la Victoire, les Clermontois célèbrent le retour d’un gaulliste à l’Elysée.


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La Montagne du 23 avril 2002. 5 BIB 2.

 

Il est possible de relever des points communs à ces quatre temps de manifestations populaires.

Tout d’abord l’omniprésence de la jeunesse ; en 1995, un des titres choisi met en avant cette caractéristique : « Jeunes chiraquiens en liesse ».

Ensuite, ces soirées de victoire sont aussi marquées par la reprise des slogans de campagne, voire l’improvisation autour de certains plus nouveaux à l’accent également plus local, comme par exemple « Giscard à la mairie ! » en 1995.

De plus, il semble important de célébrer bruyamment sa joie : les klaxons sont utilisés parfois jusqu’à la rupture, comme le relate l’article de 1995.

De même, la référence à des symboles communs est un incontournable : le drapeau tricolore, parfois associé à la croix de Lorraine ; la « Marseillaise » entonnée en chœur ; mais aussi la statue de Vercingétorix, sur la place de Jaude, « littéralement prise d’assaut » par les militants en 1988 comme en 1995. Le héros gaulois sert de porte-drapeau peu importe le parti gagnant !

Enfin, en 1981, 1988 et 1995, les perdants ne sont pas oubliés. Ils peuvent être présents à travers :

- l’animosité qu’ils procurent aux vainqueurs : « un groupe […] a troublé la réunion des militants chiraquiens… Un volet a été ouvert, un carreau cassé » relate par exemple La Montagne en 1988 ;

- la peine qu’ils suscitent : « les « vaincus » de la soirée se manifestent […] par une tête qui se baisse imperceptiblement, un regard qui se détourne, un pas qui s’allonge » indique La Montagne en 1995 ;

- le fair-play qu’ils montrent malgré la déception : « Sachons être beaux joueurs » commente M. Wolff, soutien de Valéry Giscard d’Estaing en 1981.

 

2002 : défendre les valeurs de la République

L’élection présidentielle de 2002 prend une tournure particulière. Les manifestations les plus importantes ont lieu après les résultats du premier tour qui portent le candidat d’extrême droite en finale face au Président sortant, provoquant un véritable choc dans le pays. Près de 28% des citoyens ne se sont pas rendus aux urnes, niveau record, surtout pour une élection présidentielle. Le soir même du résultat, une manifestation spontanée, regroupant près de 200 personnes, se déroule devant la préfecture du Puy-de-Dôme. Le lendemain, lundi 22 avril, des manifestations rassemblant lycéens et étudiants sont organisées dans de nombreuses villes de France, dont Clermont-Ferrand. La Montagne rend compte de ces deux mouvements d’hostilité à l’extrême droite, en ouvrant même sa « Une » du 23 avril sur cet événement. Les manifestations passent de 90 000 personnes le mardi 23 avril et on en compte 350 000 jeudi 25 avril sur tout le territoire.


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La Montagne du 22 avril 2002. 5 BIB 2.


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La Montagne du 6 mai 2002. 5 BIB 2.

 

 

L’origine de la mobilisation n’est plus ici la célébration de la victoire, mais bien la défense des valeurs républicaines afin de « faire barrage à l’extrême droite ». Le point commun avec les manifestations présentées précédemment est la forte présence et le fort engagement de la jeunesse. Nouveaux acteurs dans la vie politique, les 18-24 ans se sont abstenus eux-aussi pour environ un tiers d’entre eux et que, paradoxalement parmi les votants, Jean-Marie Le Pen obtient un bon score dans cette classe d’âge. Les abstentionnistes du premier tour ont pris conscience de l’importance du suffrage universel et l’expriment dans les manifestations où défilent collégiens et lycéens.

Comme lors des élections précédentes, la soirée du deuxième tour fut l’occasion de célébrer le vainqueur. La victoire attendue du Président sortant explique alors que « la joie était réelle et profonde, mais l’ambiance contenue ».


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La Montagne du 6 mai 2002. 5 BIB 2.


Conclusion :

Les manifestations qui se déroulent autour de l’élection présidentielle, qu’elles soient de nature festive ou revendicative, montrent à quel point ce scrutin tient une place prépondérante dans la vie politique française, dans la conscience et l’investissement politique de nombre de citoyens et illustrent en elles-mêmes le rôle que ces derniers peuvent jouer.

 

 




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