Georges Couthon, mariage et sociabilité

 

1786



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Tableau des FF. de la R.S. Jean sous le titre distinctif de Saint-Maurice à l’O. de Clermont-Fd : 18e jour du 12e mois de la V :...1 F 155, pièce 2.

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...L. 5789 ou 18 décembre 1789 (l’an de la Vraie Lumière fait remonter symboliquement la création du monde à 4000 avant J.-C.). 1 F 155, pièce 2.

 

À la veille de la Révolution, on comptait plusieurs loges maçonniques dans le Puy-de Dôme : à Montaigut, Riom, Thiers, Issoire, Ambert et bien sûr Clermont-Ferrand qui en comptait 5 : la Parfaite-Union de Saint-Hubert (1752), la loge de Saint-Maurice (1753), qui fusionna avec celle de Saint-Victor des Amis Choisis entre 1782-1783 puis celle de Saint-Michel de la Paix (1766) en 1792. Couthon était membre de la loge de Saint-Maurice, à l’Orient de Clermont. Dans le document, son nom est mentionné deux fois. La première, comme « premier surveillant », ensuite via sa qualité civile (« avocat en parlement ») et sa qualité maçonnique (« Ec. » c’est-à-dire Écossais ou de rite écossais). Couthon aurait été initié le 17 décembre 1786, élevé à la maîtrise le 3 juin 1787 avant d’accéder au rang d’orateur en 1788 et de devenir premier surveillant le 24 juillet 1789. On peut noter que sa progression au sein de la loge a été rapide. L’initiation à Saint-Maurice coûtait cher et s’élevait à 72 livres. À cela se rajoutaient la cotisation annuelle (24 livres) et celle propre à chaque grade (12 livres), enfin des dépenses festives (repas…) ou philanthropiques. 


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À l’inverse, la loge de Saint-Hubert passait pour être la moins aisée. Dans la loge de Saint-Maurice, on recense 71 frères et 4 frères servants. Pour une partie, les membres appartiennent à la noblesse (35%), notamment militaire. Celle-ci est fortement représentée en raison du casernement successif de plusieurs régiments comme le Dragons d’Orléans (1778) et le Royal Navarre Cavalerie (1785). La majorité des membres de la loge est issue du Tiers-État (65%), en particulier de la bourgeoisie éclairée clermontoise. Ils occupent des fonctions diverses dans l’administration provinciale (Intendance, Présidial, Cour des Aides), la finance (contrôle des vingtièmes, réception des fermes royales, impositions de Clermont), l’armée (poudres, convois militaires, fourrages), le commerce (10 négociants), la justice (4 avocats), la santé (médecine, pharmacie) et les arts et métiers (un architecte, un peintre et un tapissier décorateur). On relève dans cet ensemble d’aristocrates et de notables cinq figures intéressantes : Edward Onslow, « gentilhomme anglais », arrivé en France en 1781, père du musicien clermontois George Onslow (né en 1784) ; Bancal des Issarts, « ancien Notaire au Châtelet de Paris », conventionnel durant la Révolution ; Arragonès d’Orcet, « écuyer, ancien mousquetaire », témoin important lors de la signature du contrat de mariage de G. Couthon ; [Antoine] Sablon, « négociant », maire de Clermont (1791-1792) et [Michel] Monestier, « docteur en médecine », qui lui succède (1792-1794 ; 1795-1797). 


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La franc-maçonnerie est étroitement liée au monde politique. Ainsi, dès avant la Révolution, trois des quatre échevins de la ville de Clermont (Bonarme, Gros et Monestier) sont déjà initiés ou en passe de l’être. Plusieurs francs-maçons sont élus à la tête de la mairie : outre Sablon et Monestier déjà mentionnés, on retrouve également Etienne Bonarme (1794), Jean-François Gaultier de Biauzat (1790-1791 ; 1794-1795) et Antoine Bergier (1795). Enfin, notons que sur les trente députés du Tiers-État de Clermont à l’Assemblée de la Sénéchaussée, plus de la moitié ont intégré des loges maçonniques. 


 

1787


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Acte de mariage de Georges Couthon, 16 janvier 1787. État civil numérisé en ligne, 6 E 260 3 (B-M-S, Orcet, 1771-1791, page 94).


Georges Couthon épouse Marie Brunel le 16 janvier 1787. Il s’agit d’une amie d’enfance, originaire d’Orcet comme lui. Couthon est alors plus âgé que son épouse qui, née le 11 janvier 1765, n’a pas encore atteint la majorité des 25 ans. C’est pour cette raison qu’on la désigne comme « fille mineure ». L’acte nous apprend qu’en 1787 Georges Couthon est alors avocat au parlement de Clermont. Il est vraisemblablement revenu dans cette ville courant 1782, n’ayant pas réussi à faire sa place dans la capitale. Il est vrai que les avocats y étaient nombreux et qu’il n’était pas évident pour un jeune homme de loi de s’y imposer. Il s’installe alors à Clermont rue Ballainvilliers et se lie d’amitié avec Jean-François Gaultier de Biauzat (1739-1815), qui possède non loin de chez lui son étude. Ce dernier est un avocat réputé devenu député à l’Assemblée nationale constituante (27 mars 1789-30 septembre 1791). L’amitié entre les deux hommes, bâtie en partie sur le socle commun de la franc-maçonnerie, a une conséquence importante pour Couthon : elle lui permet de se constituer une clientèle. 

 

De ce mariage naquirent deux enfants : Antoine-François-Xavier Couthon (Clermont, 17 décembre 1787-Orcet, 8 novembre 1867) et Jean-Pierre-François-Hippolyte Couthon (né à Clermont le 21 janvier 1790). On sait peu de choses sur sa descendance. Son premier fils combattit dans les armées napoléoniennes, ce qui lui valut, au même titre que les soldats encore vivants, de la part de Napoléon III, l’octroi de la médaille de Sainte-Hélène en juillet 1858. Il était aussi chevalier de la Légion d’Honneur. Quant au second, on perd sa trace à Paris, à l’âge de quatre ans et demi. Marie Brunel se remarie le 20 floréal an IX (10 mai 1801) à Orcet avec un officier de santé de Vic-le-Comte, Louis Chareyrené. Tous deux sont alors âgés de 36 ans.


 

 

 


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Contrat de mariage de Georges Couthon, 22 janvier 1787. 1 Q 2015.


Les contrats de mariage sont une réalité courante de l’Ancien Régime. Il obéit à trois grands objectifs : déterminer les apports de chacun des futurs époux (argent, vêtements, meubles, immeubles) et en particulier décider de ce qui appartiendra à la communauté ou ce qui restera en propre ; préciser les droits du conjoint survivant en cas de décès de l’un des deux époux et dans le cas de la veuve, indiquer les revenus ou les biens lui revenant ; enfin, garantir l’héritage des descendants du couple en cas de remariage d’un des deux conjoints. 


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Contrat de mariage de Georges Couthon, 22 janvier 1787. 1 Q 2015.

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Contrat de mariage de Georges Couthon, 22 janvier 1787. 1 Q 2015.

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Le contrat commence par l’évocation de la dot apportée par la jeune épouse pour aider son mari à « suporter les charges » du mariage. Il s’agit tout d’abord d’un « coffre et trousseau composé de ses hardes nippes et linges » d’une valeur de 1500 livres auxquels s’ajoutent une avance sur succession de dix mille livres (« savoir neuf mille livres en contrats de rente foncière ou constitués » et « mille livres en effets mobiliers »), des redevances (« une rente de vingt-deux quartons, fromant blanc, due par François Chanclos de la Roche de Margnat » c’est-à-dire de La Roche Noire ; « une rente constituée de cinquante livres au capital de mille livres qui est due annuellement par le Sr Geneix de Clermont »), des terres, des vergers et une vigne, enfin des biens immobiliers (« une maison et cuvage attenant situés audit lieu d’Orcet (…) dans lequel cuvage sont cinq cuves (…) ainsy qu’une petite grange située dans le lieu d’Orcet quartier de la Porte du Four »). De son côté, George Couthon assure à son épouse  « la propriété à elle et aux siens de tous les meubles meublants (destinés à l’usage et à l’ornement des maisons), effets, bestiaux, denrées, argenteries et tout autres objets mobiliers qui se trouveront luy appartenir sans en rien réserver ni excepter » ainsi que « l’usufruit et la jouissance de tous les biens fonds, immeubles et battiments » acquis pendant sa vie. Une clause stipule que si l’épouse décède avant son époux, et sans avoir eu de descendants, ce dernier pourra conserver « l’uzufruit de la moitié des biens de la future épouse ». Cette disposition, qui lui assure un « gain de survie » pour affronter son veuvage est cependant caduque en cas de remariage. On peut observer que l’apport de chacun des conjoints est assez inégal ; le couple est surtout bénéficiaire des revenus à base foncière fournis par l’épouse. L’apport de Couthon semble se résumer aux meubles : sa courte carrière judiciaire explique sans doute une fortune limitée.


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Contrat de mariage de Georges Couthon, 22 janvier 1787. 1 Q 2015.

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Contrat de mariage de Georges Couthon, 22 janvier 1787. 1 Q 2015.


Cette communauté de notables et de hobereaux, assemblée en janvier 1787, connaît des destins séparés quelques années plus tard durant la Révolution. Ainsi, les bourgeois Jacques Farmond et Jean Heyraud, du Crest, sont déclarés suspects et sont arrêtés le 2 septembre 1793. Plusieurs membres de la famille Aragonnès de Laval sont inquiétés et portés sur la liste des émigrés, souvent à tort. Il en va de même de l’épouse d’Antoine-Pierre-Bernard-Xavier Aragonnès de Laval, Jeanne-Geneviève Teilhard, qui est détenue à Clermont avec ses filles et son fils le 5 novembre 1793 (15 brumaire an II). Le Montagnard Couthon est alors le sauveur espéré à qui l’on s’adresse :

 

« Au citoyen Couthon, représentant du peuple français

Les deux filles de la citoyenne Arragonnet vous ont déjà exposée leur vive douleur et leur triste situation, dans une pétition a la quelle étoit joint un certificat de la municipalité des Martres qui constate sa séparation et non habitation d’avec son mari et son fils, ce qui devroit la mettre hors du décret contre les femmes et mères d’émigrés. Cependant, citoyen représentant depuis deux mois quelle est renfermé, nous ne cessons de gémir et de verser des larmes, depuis le terrible jour ou elle fut arretté, ma sœur ainée est attaqué d’une maladie qui devien tous les jours plus graves, comme c’est le chagrin qui la cause, aucun remède ne peuve lui être donné sans dangers, elle ne cesse de crier jour et nuit apres sa mere, si elle ne lui est rendue il y a tout a craindre pour ces jours, citoyen représentant si vous la voyez votre humanité ne tiendroit pas a cette cruelle situation jugez aussi de celle de notre mere qui crains quelle ne périsse sans avoir la consolation de l’embrasser de la serrer contre son sein ; vous êtes père citoyen représentant vous ne pouré tenir a ce tableau fidèle de la douleur et de l’amour filial, ayez pitiéz de ma sœur et de ma tendre mère, ayez aussi pitiéz de moi, nous réclamons tous votre humanité et justice.

Arragonet cadète

Ma sœur ainée ne pouvant signer »

                                                                                     L 6146




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