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Les « montaignes » de la chaîne des Puys en 1665 - juin 2018

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Un plan du XVIIe siècle conservé aux Archives départementales du Puy-de-Dôme présente la partie occidentale de la chaîne des Puys et quelques « montaignes » bien connues, dont notre cher puy de Dôme.

 

 Réalisé en 1664, ce plan extrait du fonds de l’abbaye de Saint-André de Clermont a été exécuté lors d’une procédure de délimitation de droits seigneuriaux entre les religieux de l’abbaye et Françoise Teilhard, intervenant et prenant fait et cause de David Dufour de Villeneuve, seigneur de Nébouzat. Le contentieux se situe plus particulièrement dans la zone délimitée en rouge sur le plan, qui jouxte la montagne de « Balme » (puy de Barme).

L’intérêt principal de ce document de grandes dimensions (1, 17 m par 2, 01) réside dans la reproduction de certains éléments de la chaîne des Puys, et en premier lieu, du puy de Dôme, dans la partie supérieure gauche de l’image (orthographié sous le nom de « puy de Dhomme »). La représentation, quelque peu surdimensionnée et allongée du puy, tend à souligner sa place et à le mettre en valeur. Au septentrion (nord), il est encore possible d’apercevoir les bois d’ « Alaignhat » (Allagnat à Ceyrat) puis la montagne de « Mouscheix » (Mourcheix). À l’orient (est) se trouve la maison de la « mort Reynoux » : il s’agit de l’ancien nom de la Moreno, parfois orthographié également sous la forme « Mort Rayno[1] ». Enfin, au midi (sud), apparaît le château de Nébouzat, sommairement évoqué sous la forme d’une construction à deux fenêtres surmontée de deux épis de faîtage accompagnés de drapeaux.

Yves Michelin a bien souligné l’importance pour la prise en compte de l’archéologie du paysage de ce genre de document, typique des pièces destinées à être présentées lors de procès :

« Les litiges sur la propriété du sol ont de tout temps entraîné des procès longs et bien documentés avec de nombreux plans et textes précisant les limites de propriété, les modes de faire-valoir, les titres et usages anciens. Indirectement et malgré un argumentaire de mauvaise foi, il est parfois possible de retrouver la physionomie d’un terroir et de son environnement[2]. »

Bien qu’il faille rester critique quant au caractère « réaliste » de cette vue, elle fait partie des plus anciennes représentations de la chaîne des Puys.

 

Pour en savoir plus :

Y. MICHELIN, Les jardins de Vulcain. Paysages d’hier, d’aujourd’hui et de demain dans la chaîne des Puys du Massif central français, Paris : éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1995 [cote aux AD63 : 3 BIB 650].

Collectif, Volcanologie de la chaîne des Puys, 2009, rééd. 2017.



[1] Selon Baluze, le « Mont Rayno » apparaît en 1199 dans le testament de la « Comtesse G », comtesse de Montferrand en 1199.

(Baluze, Histoire généalogique de la maison d’Auvergne, justifiée par chartres, titres, histoires anciennes et autres preuves authentiques, Paris, 1708, t. II, p. 256-257, cote : 3 BIB 1129).

Lieu de passage et de refuge pour les voyageurs ayant besoin d’être secourus, la Moreno aurait abrité un hôpital dès le XIIe siècle.

(A. PEGHOUX, Recherches sur les hôpitaux de Clermont-Ferrand, Clermont-Ferrand, 1845, p. 22, cote 2 BIB 865).

[2] Y. MICHELIN, Les jardins de Vulcain. Paysages d’hier, d’aujourd’hui et de demain dans la chaîne des Puys du Massif central français, Paris, éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1995, 3 BIB 650, p. 47.


Plan représentant l’ouest de la chaîne des puys, exécuté lors d’un procès entre le seigneur de Nébouzat et les religieux de Saint-André de Clermont, extrait de la liasse 16 H 142, cote actuelle 21 Fi 33 (ancienne cote MAP 323), 1664.