Affiches et tracts : des vecteurs de propagande du régime de Vichy

 Dossier réalisé par Corinne Dalle et Jean-Michel Viallet 

 

Les liens avec les programmes sont multiples. En classe de Troisième, les élèves étudient l’« Effondrement et la refondation républicaine (1940-1946) » ; en classe de Première, il s’agit d’aborder « Les combats de la Résistance (contre l'occupant nazi et le régime de Vichy) » ; et enfin en classes de Terminales,  le chapitre intitulé « Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France depuis l’Affaire Dreyfus » trouve aussi un écho à cette thématique. L’étude iconographique de ces affiches s’avère également très intéressante.

 

      Trois axes guident ce dossier : la collaboration d’État à État, l’assise idéologique du régime et les choix opérés en politique internationale.  


  Le 10 juillet 1940, le maréchal Pétain s’est vu confier les pleins pouvoirs constituants dans la France libre. Régime autoritaire, le nouveau gouvernement fonde sa politique sur un système de propagande massif et soigné. L’objectif est d’asseoir les fondements idéologiques et d’obtenir l’appui de la population, qui doit accepter les sacrifices, les privations, et une collaboration avec l’Allemagne nazie. 


 

 Chapitre 1 : une collaboration d’État à État


Lors de l’entrevue de Montoire, le 24 octobre 1940, Hitler impose à Pétain une politique de collaboration d’État à État. Celle-ci se décline en trois points : combattre, travailler, surveiller.

  • Aider l’Allemagne à combattre contre ses ennemis, l’URSS (à partir de décembre 1941) et l’Angleterre.

L’outil principal mis en place pour cette collaboration militaire est la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme. (LVF)

Ces deux affiches font la propagande de la Légion. La première est une affiche incitant à l’engagement, en promettant la dispense définitive des deux ans de Travail obligatoire à tous les « jeunes gens » des classes 1940, 1941 et 1942. La seconde affiche indique les soldes accordées en fonction des grades, de la situation familiale et du lieu de la mission. 


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310 Fi 3/1.

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310 Fi 5/1.


 

  • Aider l’Allemagne dans sa « bataille économique » : fournir de la main d’œuvre aux Allemands.

Dès 1940, la propagande vichyste a tout fait pour augmenter le nombre de candidats volontaires, y compris la diffusion de ce « faux » courrier d’un travailleur en Allemagne à son épouse, présentant tous les bienfaits de son expérience.

 

[8 BIB 1564] En fait de courrier, il s’agit d’un livret de huit folios imprimés recto/verso. L’auteur, Julot, écrit à sa « chérie » pour la rassurer sur son expérience dans une entreprise industrielle allemande. Il explique que les machines étant modernes, le travail est peu pénible, que la nourriture est bonne et que les primes reçues leur serviront à financer leur « petite maison à la campagne ».


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8 BIB 1564/9.

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8 BIB 1564/10.

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8 BIB 1564/8.

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8 BIB 1564/7.

 

 

 

 


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590 Fi 689.

En 1942, est mis en place le système de  la Relève, qui consistait à remplacer un prisonnier en Allemagne par trois travailleurs. Là encore, Vichy cherche à augmenter le nombre de volontaires. Les photos prises à Clermont-Ferrand montrent des panneaux faisant la promotion de la relève des prisonniers en appelant les ouvriers au départ pour l’Allemagne.


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590 Fi 694.

Mais ce système s’avère peu efficace, puisqu’il ne permet de recruter que 17.000 volontaires seulement. En février 1943, afin de pallier les limites du volontariat, est finalement mis en place le Service du Travail Obligatoire (STO).


 

 

  • Aider l’Allemagne dans sa surveillance des résistants.

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310 Fi 6/1-2.

 

 

 

 

Considérés comme des « terroristes », les résistants sont les ennemis du nouveau régime. Vichy contrôle étroitement la population, en particulier les juifs, grâce à la Milice. Fondée en janvier 1943, elle traque tous les opposants au régime et peut donc être assimilée à une police politique, supplétive de la Gestapo.

L’affiche, du 28 février 1943, annonçant l’assemblée générale de la Milice, utilise nombre de symboles et/ou mots du vocabulaire vichyste : le liseré bleu, blanc, rouge de la nation ; la double idée de « patrie en danger » et de « péril communiste » ; l’objectif de constituer « l’unité du Peuple français ».


 

 

Chapitre 2 : l’assise idéologique


     Le gouvernement de Vichy propose aux Français une « Révolution Nationale » qui remet en cause les acquis de la Révolution française et de la République. Cette  révolution réactionnaire a également pour mission de régénérer le pays. Le régime de Vichy dénonce tout d’abord les « ennemis du régime », ceux qui ont amené la France au « désastre » de mai-juin 1940. La défaite de 1940 serait de la responsabilité de la Troisième République. Cette dernière est pour ainsi dire le résultat de la Troisième République et du prétendu complot des « anti-France » : les communistes, les Francs-maçons, les étrangers, et, bien sûr, les Juifs, responsables de l’effondrement de la France. En leur imputant la responsabilité de la défaite, l’État français justifie leur arrestation et leur internement. 


  • Les juifs et l’antisémitisme, à travers différents tracts :

 

« 1 dollar » [8 BIB 1564] Ce billet, imitation d’un dollar, est le prétexte à plusieurs dénonciations s’en prenant successivement au ministre du Trésor des États-Unis, « le juif Morgenthau junior apparenté aux grands requins de la Finance internationale », à la symbolique juive présente sur le billet (« tous les attributs juifs », « cet argent est bien juif ») et enfin à la participation des juifs au financement de la guerre des États-Unis, « L’argent n’a pas d’odeur…Mais le juif en a une ! ».


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8 BIB 1564/20.

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8 BIB 1564/19.

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8 BIB 1564/18.


«  Sur le mur des lamentations » évoque les ennemis du régime pétainiste. Sont représentés les symboles honnis : le « V » de la Victoire et la croix de Lorraine des résistants et de De Gaulle, la livre-sterling (monnaie anglaise) et l’étoile de David. En filigrane, on devine les silhouettes de De Gaulle, de Churchill ainsi que la caricature d’un juif. Tous ces adversaires de la Révolution nationale font miroiter aux Français des illusions qui les conduiront aux mains du complot juif, symbolisé à la fois par la silhouette d’un juif, l’étoile de David et le mur des Lamentations.


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8 BIB 1564/14.

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8 BIB 1564/13.




  • Les communistes et l’antibolchevisme, en particulier à travers un tract et un livret.

 

 

« La guerre est là ! » [8 BIB 1564] Ce tract édité par le PPF (Parti Populaire Français de Jacques Doriot) s’oppose clairement au « bolchévisme, ennemi du paysan » : « la guerre est là, voulue par les communistes » et « avec le bolchévisme, c’est l’inéluctable nationalisation de la terre, c’est la perte de toute liberté ». 


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8 BIB 1564/2.


 

 

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8 BIB 1564/15.

 

 

 

 

 

 

« La Révolution Socialiste » [8 BIB 1564] Ce livret publié par le Comité d’Action Antibolchevique dénonce les liens entre marxisme et Juifs. Il se moque aussi du « paradis soviétique », de « la grande illusion » et de la « lutte des classes ».


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8 BIB 1564/16.




 

  • les francs-maçons et l’antimaçonnisme

 

Le gouvernement Darlan dissout les sociétés secrètes (et ainsi la franc-maçonnerie) par la loi du 13 août 1940. Pourtant les parlementaires francs-maçons n’avaient pas été moins nombreux que les autres à voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain : parmi les 388 parlementaires qui avaient voté pour l’attribution des pleins pouvoirs le 10 juillet, 96 étaient francs-maçons. Le 11 août 1941, une deuxième loi antimaçonnique, plus radicale, est publiée. Elle décrète la publication au Journal officiel des noms des francs-maçons identifiés par le Service des Sociétés secrètes et leur applique le Statut des Juifs.


  • L’État français propose ensuite une refondation de la France qui est résumée et symbolisée par une nouvelle devise : Travail/famille/patrie.

Cette refondation est aussi incarnée en Pétain, avec la mise place d’un véritable culte du chef qui est au cœur de l’État français.

Une affiche de l’exposition « Le Maréchal, sa vie, son œuvre », l’illustre parfaitement. 


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310 Fi 13/1.

 

 

Cette affiche renferme un certain nombre de symboles du pétainisme :

-          le portrait en uniforme de Pétain sur fond d’un hexagone, alors qu’une partie de la France est alors occupée et que l’Alsace et la Moselle ont été intégrées au Reich ;

-          le verbe « servir », qui fait référence au discours du 17 juin 1940, dans lequel Pétain indique « faire le don de sa personne à la France » ;

-          la francisque, hache de guerre utilisée par les Francs, devenue symbole officieux du régime (un ordre de la Francisque est même créé en 1941) ;

-           les sept étoiles du titre de Maréchal, que Pétain obtient en 1918 ;


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310 Fi 4/1.

  • Toutes les catégories d’âge doivent participer à cet effort de régénération :

 

-         les plus jeunes, avec un véritable encadrement de la jeunesse ;

-         les plus anciens, avec la Légion Française des Combattants (LFC), créée en août 1940 de la fusion de toutes les associations d’anciens combattants. Le régime lui assigne comme mission de « régénérer la Nation, par la vertu de l’exemple du sacrifice de 1914-1918 ».

Une affiche « Contre le désordre, la Légion » illustre parfaitement l’objectif alloué à cet organisme.


Un dessin au design épuré, dans lequel l’auteur oppose le désordre (un foule d’individus impersonnels en train de revendiquer anarchiquement et dans le chaos) à la Légion (un groupe d’hommes marchant au pas, portant un drapeau aux couleurs de cette organisation).


 

 

Chapitre 3 : la politique internationale


Elle est intrinsèquement liée à la collaboration des deux États (Allemagne et France), à l’idéologie du régime et au contexte de guerre. Elle se caractérise par une opposition viscérale à quatre ennemis majeurs : De Gaulle et la France Libre, l’Angleterre de Winston Churchill, les États-Unis de F.D. Roosevelt, et l’URSS de Staline.

 

  • De Gaulle : bien évidemment, la voix de la France libre et la Résistance sont les premières cibles des critiques vichystes.

 

  • L’Angleterre : dernier ennemi européen (avant que l’URSS ne s’engage dans la guerre) et base logistique de la France Libre, la « perfide Albion » est dénoncée de façon véhémente par la propagande. C’est, en particulier, son chef le « prime minister » Winston Churchill qui focalise les critiques, comme l’illustre un tract du 1er avril 1944.

 

« Samedi 1er avril » [8 BIB 1564] Ce tract publié au printemps 1944 dénonce les promesses faites par Churchill de libérer le territoire français des nazis.

 « Samedi 1er avril – Sainte Libération. Français soyez prêts !... pour la DELIVRANCE ! Foi de CHURCHILL… Mais c’est un poisson d’avril… »


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8 BIB 1564/11.

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8 BIB 1564/12.


 

 

  • Les États-Unis : dans son positionnement international, Vichy s’en prend aussi aux États-Unis, entrés en guerre en décembre 1941, à la suite de l’attaque de Pearl Harbour. Les États-Unis sont souvent associés à l’Angleterre comme dans ce tract en forme de bombe, estampillé « RAF/USAAF », sur le bilan des bombardements alliés.

 

« RAF=USAAF » [8 BIB 1564] Ce tract, publié en 1944, dénonce les conséquences humaines terribles des bombardements anglo-américains : « tu pourras voir tes enfants déchiquetés d’un seul coup ou brûlés vivants, et ta maison détruite en un instant ».


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8 BIB 1564/23.


 

 

 

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8 BIB 1564/17.

  • L’URSS : entrée en guerre en février 1941, à la suite de l’opération « Barbarossa » lancée par Hitler, l’union soviétique fait aussi partie des « ennemis intimes » de l’État français. Un livret (« La voix du bolchevisme »), publié en 1942 évoque la volonté belliciste de l’URSS.

 

« La voix du bolchevisme » [8 BIB 1564] Ce livret, s’appuyant sur de nombreux extraits d’ouvrages ou de discours, tend à expliquer/dénoncer le désir de guerre et d’expansion des Soviétiques,exprimé par Staline dès 1928 : « Quatorze ans après la grande tuerie qui ouvrit la voie à la première révolution socialiste, l’Internationale Communiste invite les ouvriers et paysans de tous les pays à se préparer à transformer la prochaine guerre mondiale en révolution socialiste internationale ».


 

 

 

Conclusion :   l’ambiguïté du régime.


L’État français est un régime autoritaire qui repose sur une idéologie fascisante, appliquant une collaboration d’État à État avec l’Allemagne nazie, ce qui explique ses choix de politique extérieure. L’ambiguïté majeure de ce gouvernement, mené par la figure charismatique de Pétain, tient dans le soutien actif à un pays « ami » qui détiendra dans ses « stalags », durant toute la durée de la guerre, plus d’1,5 million de prisonniers français. Comment justifier alors des actions caritatives et solidaires envers les prisonniers français captifs en Allemagne ? »


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