Le château de Ligones, une splendeur disparue

L’histoire du château de Ligones est d’abord celle d’une lignée, les Chazerat. Né en 1636, Claude de Chazerat, « major du gouvernement de Valenciennes, ingénieur ordinaire du roi et directeur en chef des fortifications des places de Flandres », achète les seigneuries de Seychalles et de Ligones à Jean de Ribeyre en 1683. 

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Château de Ligones, vestiges des communs, vers 1900. 507 Fi 1425.


La terre de Ligones, située juste au nord de Lezoux, possédait déjà un vieux château, dont Claude de Chazerat ne semble pas se contenter. Lorsqu’il se retire du service du roi en 1688, il quitte Ypres et entreprend de lui substituer un nouveau bâtiment, au goût du jour. Si les dates précises de construction ne sont pas connues, les travaux ont dû s’étendre sur plusieurs décennies. Selon Henri Fayet, il est probable que Claude de Chazerat, ancien ingénieur militaire, ait participé personnellement à la conception du domaine. L’architecte clermontois Deval a, quant à lui, signé les plans du château, s’inspirant abondamment de celui de Marly dont la construction avait été commandée par Louis XIV. A la mort de Claude de Chazerat, en 1722, le château était achevé, et, preuve de son attachement au lieu, il se fait inhumer dans la chapelle Saint-Antoine, tout près du domaine.


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Plans du domaine de Ligones, 1794. 35 Fi 24.


Son fils, Antoine-François de Chazerat (1695-1754) poursuit l’embellissement de Ligones. Retenu à Clermont-Ferrand par ses fonctions de premier président de la cour des aides, il ne demeure plus au château. Marié à Amable Ribeyre, petite-nièce de l’ancien propriétaire de la seigneurie, Antoine-François a plusieurs enfants, dont Charles-Antoine.

Ce dernier sera l’ultime propriétaire du château. Lui aussi premier président de la cour des aides, il devient intendant d’Auvergne entre 1773 et 1789. Son immense fortune et son rang lui permettent de mener une vie de faste et de luxe. Parallèlement à la construction, dans les années 1760, de son célèbre hôtel particulier de la rue Pascal à Clermont-Ferrand, il organise de somptueuses fêtes dans son château de Ligones, accomplissant l’ambition de son grand-père en parachevant les dernières décorations.


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Plans du domaine de Ligones, vers 1792. 35 Fi 63.


L’architecture du château et l’agencement des jardins nous sont aujourd’hui connus par des plans conservés aux Archives départementales, une peinture de l’artiste Bibiena et par la description laissée par Dulaure[1] : « Le château de Lygones (…) éloigné d’environ quatre lieues de la ville de Clermont-Ferrand (…) est situé (…) sur un terrain qui s’élève en amphithéâtre (…) d’où l’on jouit d’une des plus belles vues de la province. » L’accès au domaine s’effectue par une route qui mène à une « grande pièce d’eau en forme de trèfle ». Une cour d’honneur, entourée de part et d’autre des communs, ouvre sur le château. Celui-ci, de plan carré, est composé d’un sous-sol, d’un rez-de-chaussée et d’un étage. L’ordonnance des façades, parfois agrémentées d’avant-corps, est décorée de pilastres ornés de chapiteaux ioniques et de frontons triangulaires ou semi-circulaires présentant des bas-reliefs. Au milieu du bâtiment, un dôme, ajouré par des œils-de-bœuf, est surmonté d’une lanterne. Le parc de 115 hectares, décoré de nombreuses sculptures et de plusieurs bassins, est situé à l’arrière du château. Un imposant canal de 320 mètres de longueur crée une perspective majestueuse. Le parc comprend aussi des jardins potagers et fruitiers ainsi qu’une pépinière de vers à soie.

Les débuts de la Révolution contraignent l’Intendant à s’exiler à Genève en octobre 1789. Ses biens sont confisqués et placés sous séquestre, le mobilier du château et des dépendances vendu aux enchères. Par arrêté de Georges Couthon du 20 novembre 1793, il est décidé de détruire le château et d’en vendre les matériaux. Ainsi disparaît la propriété des Chazerat, dont il subsiste pourtant encore de nombreux vestiges.

 



[1] Cette description est connue par un manuscrit conservé à Bibliothèque du Patrimoine à Clermont-Ferrand (MS 623, folio 235). Une transcription de cette dernière apparaît également dans un registre conservé aux Archives départementales (Cote : 1 J 1592).  


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Plans du domaine de Ligones, 1794. 35 Fi 23.


Bibliographie

H. Fayet, « Ligones, un Versailles en Auvergne », L’Auvergne littéraire, artistique et historique, 4e trimestre 1961, p. 3-21 et E. DELAHAYE, Le château de Ligonnes à Lezoux dans le Puy-de-Dôme, monographie d’un édifice disparu, mémoire de Master 2, Clermont-Ferrand II.




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