Le Parc Bargoin : un écrin à la mémoire de Jocelyn

« Un mignon châtelet, près des tilleuls tremblants,avec son toit d’ardoise en pointe et ses murs blancs. C’est Bellevue. »

Gabriel Marc

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Château Bellevue. 636 Fi 10232


L’histoire du Parc Bargoin débute en 1782 lorsque M. Lecourt d’Hauterive fait construire une maison de campagne dans sa propriété de Bellevue. Caroline Costaz, belle-sœur du compositeur Georges Onslow, en devient propriétaire et la cède ensuite à Jean-Baptiste Bargoin en 1869. Ce dernier l’agrandit et l’aménage.


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Jean-Baptiste Bargoin et Hélène Bongiraud dans le parc, vers 1880. 98 Fi 1317

 


C’est en mémoire de son fils Jocelyn disparu prématurément que Jean-Baptiste Bargoin lègue sa  « campagne de Bellevue, toute emplie de son souvenir » au département et rédige ainsi son testament en 1882 : « Je veux qu’après moi, elle reste intacte et porte mon nom. Elle ne doit donc pas être vendue ou morcelée. » Quand Bargoin meurt en 1885, le département dispose de six mois pour accepter le testament et en appliquer les conditions. Parmi celles-ci, il faut que ce lieu s’appelle « à tout jamais Parc Bargoin » et qu’il devienne « une promenade publique, charmante pendant la belle saison, surtout pour les étrangers qui fréquentent l’établissement thermal ». Jean-Baptiste Bargoin demande que soient supprimées les terres arables, arrachées les vignes, remplacées par des pelouses et des arbres ou des arbustes d’ornement. Les voitures de luxe auront le droit de circuler à l’intérieur, mais pas les charrettes. Buvette et cafés seront interdits, le parc Bargoin ne devra pas « tomber dans ce qu’on appelle vulgairement le genre guinguette ». Ainsi, le parc devient peu à peu un lieu d’agrément. 


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Partie de tennis dans le Parc, photographie anonyme, été 1908, 545 Fi 1359. Collection l'Album des Puydômois

 


La destinée du Parc n’est pourtant pas toujours celle imaginée par Bargoin.

Les périodes de guerre sont celles des difficultés. Le jardinier en chef s’émeut en 1915 de sa tâche rendue impossible par la mobilisation du personnel. Un rapport de 1941 présente le parc en des termes peu flatteurs : un état général « lamentable », des allées « qui ne se distinguent plus guère des pelouses et [dont le] sol devient de véritables bourbiers », « un manque d’entretien [qui] ressort à chaque pas », des couples qui se faufilent dans les pavillons sans portes ni fenêtres... Et c’est sans compter un personnel jugé par le rapporteur globalement médiocre, incapable de faire respecter le règlement intérieur et amateur de vin. Rien ne va plus ! Maigre satisfaction en cette période difficile : le potager. Il permet de fournir à Monsieur le Préfet et aux jardiniers des légumes frais tandis que les arbres fruitiers – ceux qui échappent au lierre - garnissent la table préfectorale de cerises, pommes et poires.
En 1950, le Conseil général adopte le vœu de « rendre à cette propriété départementale l’aspect plaisant qu’elle avait avant 1940 ». Les allées sont refaites et de nombreux aménagements permettent de redonner au Parc Bargoin son allure passée. Une attention particulière est apportée à la décoration florale, « en raison de la proximité avec la station de Royat ».

Aujourd’hui encore, les agents du Conseil Général perpétuent les volontés de Jean-Baptiste Bargoin en faisant de ce nid de verdure un lieu de culture et de promenade parmi les quelques 800 espèces d’arbres. 


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Parc Bargoin. Château de Bellevue, 1905. 507 Fi 2186


Jean-Baptiste Bargoin...

Jean-Baptiste Bargoin naît le 20 juin 1813 à Vic-sur-Allier (Vic-le-Comte). Il entreprend des études à l’École spéciale de pharmacie de Paris. De retour à Clermont-Ferrand, il rencontre Henri Lecoq et devient son élève dans la pharmacie que ce dernier a ouvert depuis 1830 rue Ballainvilliers. Tous deux s’associent dans la production et la commercialisation du café Gland-Doux, un succédané du café. En 1840, il épouse Marguerite-Aimée Clédière dont il aura deux enfants : Edmond (1842-1868) et Jocelyn (1844-1876), tous deux décédés prématurément de tuberculose. À la disparition de Lecoq, en 1871, Bargoin reprend la pharmacie à son nom et poursuit ses activités industrielles jusqu’à sa mort. Celle-ci survient le 24 juillet 1885 dans sa propriété de Bellevue. Outre le Parc Bargoin, il lègue une partie de ses biens aux villes de Clermont – pour la création d’un musée notamment -  et de Vic-le-Comte. 




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