Les présidents de la Vè République dans le Puy-de-Dôme

Les voyages des Présidents de la République dans le Puy-de-Dôme illustrent ce dossier et concluent notre série consacrée à l’élection présidentielle sous la Ve République.


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"...une foule imposante en même temps qu’attentive, placée de part et d’autre d’une tribune officielle pavoisée aux couleurs de la République...". 1851 W 101.

En premier lieu, on peut indiquer les honneurs rendus. Lors du séjour de Charles De Gaulle à Clermont-Ferrand, une prise d’armes avec remise de décoration et défilé de troupes se déroule sur la place de Jaude, durant plus d’une heure. Une photographie prise à cette occasion, rend bien compte de la solennité de l’instant : une foule imposante en même temps qu’attentive, placée de part et d’autre d’une tribune officielle pavoisée aux couleurs de la République, sur laquelle on repère, au premier rang, le Président – en uniforme et képi – entouré de personnalités politiques et militaires.


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"...Charles De Gaulle semble se contenter d’un déplacement en DS décapotable, ce qui lui permet tout de même de saluer chaleureusement les Clermontois...". 1851 W 101.

De même, la venue de Valéry Giscard d’Estaing donne lieu à une « cérémonie au monument aux combattants » de La Bourboule. En 1984, le Président Mitterrand rend aussi hommage aux anciens combattants, à qui il serre la main. Dans la symbolique républicaine, les honneurs rendus à la mémoire des « morts pour la France » possèdent une dimension au moins aussi forte que les honneurs rendus aux vivants.

Lors des déplacements présidentiels de 1962 et de 1975, un temps de recueillement spirituel est organisé. Une messe à La Courtine (Creuse), la veille de l’arrivée de Charles De Gaulle à Clermont-Ferrand et une cérémonie religieuse « concélébrée par Monseigneur Joseph Rozier et les autres prêtres originaires de La Bourboule » lors de la visite du Président Giscard d’Estaing, sont ainsi prévues dans le programme officiel.

Enfin, des temps plus festifs sont aussi planifiés : « réception des Personnalités Civiles ainsi que des Autorités Militaires de rang élevé » puis « dîner (quarante convives invités) à la préfecture » de Clermont-Ferrand pour Charles De Gaulle ; « repas officiel au Casino de La Bourboule » puis « réception à la mairie du Mont-Dore » pour Valéry Giscard d’Estaing.

La ferveur populaire

Les déplacements présidentiels sont aussi souvent l’occasion pour le Chef de l’Etat de mesurer sa popularité auprès de ses concitoyens.

Si Charles De Gaulle semble se contenter d’un déplacement en DS décapotable, ce qui lui permet tout de même de saluer chaleureusement les Clermontois, ses successeurs n’hésitent à prendre de véritables « bains de foule », que la presse locale relate avec, parfois, moult détails.


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Ainsi, en 1975, lors du déplacement de Valéry Giscard d’Estaing, l’on apprend que « le public lui a réservé un accueil délirant, à tel point que le service d’ordre, a été, à plusieurs reprises, débordé ».


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En 1984, les Clermontois réservent « un accueil chaleureux » au Président Mitterrand et lors de sa promenade dans la capitale auvergnate – de la place de Jaude à l’Hôtel de Ville – il « ne négligeait pas de saluer un groupe de punks bon teint dont les gardes du corps avaient calmé un peu les vociférations avant qu’il n’arrive à sa hauteur ».


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En 2006, le Président Chirac se déplace dans le salon de l’Agriculture « au milieu de l’immense cohue que déclenche chacun de ses pas ». De cette visite, La Montagne rapporte une anecdote pour le moins « croustillante » : « Au détour d’un stand, un homme téléphone à sa femme. « Je te jure, Chirac est à côté de moi… » Le Président lui arrache l’appareil des mains. « Ici le président. Je vous confirme que je suis bien à côté de votre mari qui a un pull rouge… ».

Faire passer un message politique

Mais, un voyage présidentiel est surtout l’occasion de faire passer un message politique, que ce soit par un discours ou une action particulière. Les déplacements présidentiels de 1975, 1984 et 2006, sont en ce sens assez instructifs.

Ainsi, lors de sa venue pour le centenaire de La Bourboule, le Président Giscard d’Estaing apporte un soutien appuyé au développement du tourisme puydômois. Il accomplit coup sur coup « l’inauguration du Parc Fenestre et du Télécabine de Charlanne » de La Bourboule, puis « l’inauguration des nouveaux thermes du Mont-Dore ». Cette visite est aussi l’occasion pour le chef de l’Ètat d’indiquer « je ne suis pas président pour les juristes ou pour les spécialistes du droit constitutionnel : je suis élu par les Français pour conduire leur bonheur dans la liberté ».

C’est ce même thème de la liberté que François Mitterrand, en 1984, aborde dans son discours à l’Hôtel de Ville de Clermont-Ferrand. « Je serai le premier à m’opposer à l’atteinte aux libertés, même si ces atteintes émanaient de mes plus proches amis. Mais cette menace n’est pas là… ». Dans un contexte de « guerre scolaire » et de montée des extrêmes, le Président a certainement voulu – selon les mots du journaliste de La Montagne – « prendre de la hauteur » ; sans toutefois se départir d’humour : « Je suis le président de tous… élu par la moitié de tous. Cela a toujours été comme ça en France. Et depuis longtemps ! ».


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La Montagne octobre 2006. 8 BIB 2.

En 2006, le Président Chirac inaugure en terres auvergnates le salon de l’élevage. A cette occasion, il délivre un message clair sur l’agriculture française et européenne et leur avenir ; en particulier autour de la future PAC (Politique Agricole Commune). « Je suis venu vous dire aujourd’hui ma conviction. L’agriculture est au cœur des défis du siècle : le défi alimentaire, le défi écologique, le défi de la puissance économique ».


Un dernier exemple, en antithèse de ces trois premiers. En 1962, Charles De Gaulle est présent en Auvergne, dans son rôle de Chef des Armées. Sa visite clermontoise se déroule dans le cadre d’une « Inspection aux Grandes Manœuvres Nationales du Massif Central ». Au cours de ce déplacement, le Président ne fait pas de prise de parole officielle. Pourtant, le message porté semble clair : la France puissance militaire, souhaite garder son rang.

Conclusion

Le voyage d’un chef de l’Etat est un moment privilégié de contact entre les citoyens (ici, puydômois), c’est le Président de « tous les Français ». Garant de la République, le Président délivre toujours à l’occasion de ses visites en province, un message politique, même quand il ne dit mot !




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